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Idées reçues sur la blockchain (1/n)

Dans l’introduction de cette sĂ©rie (cf. billet prĂ©cĂ©dent), j’ai brossĂ© les grandes lignes du cryptofutur qui nous est annoncĂ© depuis plusieurs annĂ©es et j’ai commencĂ© Ă  mettre en lumiĂšre que la technologie blockchain a bien du mal Ă  apporter des solutions effectives Ă  des problĂšmes rĂ©els.
Dans celui-ci (et les billets suivants), je vais m’efforcer de dĂ©monter une Ă  une les idĂ©es reçues et de remettre quelques pendules Ă  l’heure.

Si vous ne l’avez pas dĂ©jĂ  fait, je vous recommande de consulter les parties prĂ©cĂ©dentes sur les bases de la blockchain :
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PS : ce billet ne traitera pas directement des cryptomonnaies (cryptocurrencies), NFTs (Niftis), jetons (tokens), Web3. Je leur consacrerai des billets dédiés à part.

Sommaire

Idées reçues courantes

blockchain - idées reçues et humour - Dilbert
Dilbert & Blockchain

La blockchain est une nouvelle technologie

Non. Une solution Ă  base de liste chaĂźnĂ©e permettant seulement l’ajout de donnĂ©es avec hachage cryptographique existe depuis des annĂ©es.
Voir par exemple, depuis 1979, les arbres de Merkle.

Ils ne sont pas trĂšs utilisĂ©s, car peu efficaces et en rĂ©alitĂ© ne fonctionnent pas si bien que ça…

Une blockchain est juste une base de donnĂ©es distribuĂ©e en lecture seule, sur laquelle on peut uniquement Ă©crire, s’il y a consensus entre de multiples ordinateurs (les mineurs qui valident via Proof of Work – PoW par exemple), ce qui explique le faible nombre de transactions rĂ©alisables.

Il conviendrait d’expliquer ce que cela apporte rĂ©ellement vis-Ă -vis d’une base de donnĂ©es centralisĂ©e qui serait auditĂ©e pĂ©riodiquement par une entitĂ© indĂ©pendante… Ah, oui, la fameuse « dĂ©centralisation »…

Dans le cas de Bitcoin, la premiĂšre proposition concrĂšte de blockchain, qui a par ailleurs introduit la notion de consensus distribuĂ© et qui a servi de base Ă  toutes les propositions ultĂ©rieures, la technologie sous-jacente est trĂšs rudimentaire, voire limitĂ©e : c’est juste un grand livre (ledger) qui permet de montrer qui dĂ©tient quoi.

Ethereum, Ă  l’inverse, doit plus ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une machine virtuelle, avec son langage de programmation, oĂč la blockchain sert Ă  stocker un Ă©tat Ă  un moment donnĂ©. C’est ce qui permet le dĂ©ploiement des fameux smart contracts, qui ont engendrĂ© pour l’instant les offres de type DeFi, NFTs ou DAOs.

La blockchain permet les « smart contracts »

Il convient dĂ©jĂ  de noter que les blockchains ne sont pas toutes programmables, et il y a donc des disparitĂ©s importantes entre leurs fonctionnalitĂ©s intrinsĂšques et leurs possibilitĂ©s d’évolution.

Comme je l’ai expliquĂ© dans ce billet, les « smart contracts » ne sont ni innovants, ni trĂšs « intelligents » : il s’agit juste d’une sĂ©rie de dĂ©clarations « si… alors » trĂšs limitĂ©es, qui peuvent ĂȘtre exĂ©cutĂ©es pour des transactions sur la blockchain associĂ©e. Par ailleurs, leur valeur lĂ©gale est extrĂȘmement discutable…

Un simple script sur un serveur web est infiniment plus intelligent. Et utile


Les acteurs majeurs de l’industrie adoptent la blockchain et les cryptomonnaies

Pas vraiment
 Ceux qui se sont lancĂ©s sont dĂ©jĂ  en train d’abandonner, comme IBM ou Microsoft, qui ont fermĂ© ou ferment leurs services dĂ©diĂ©s. Les organisations financiĂšres qui annoncent « explorer Â» ou « proposer Â» des services autour des cryptomonnaies, comme Paypal ou Stripe, se contentent de gĂ©rer le volet versements en monnaie fiduciaire (fiat) et dĂ©lĂšguent la partie purement crypto Ă  des plateformes de type Exchange.

Visa (lire ici ou ici) ou Kickstarter viennent d’annoncer en cette fin d’annĂ©e 2021 des initiatives dĂ©diĂ©es, mais il faudra voir si elles durent dans le temps et surtout s’il y a des rĂ©sultats probants, sachant que pour l’instant les dĂ©clarations faites ne contiennent pas beaucoup de dĂ©tails sur les bĂ©nĂ©fices attendus pour les utilisateurs. Encore des coups marketing, probablement…

Kickstarter blockchain
RĂ©bellion contre le projet de Kickstarter

Le cas d’IBM est intĂ©ressant, et preuve, s’il en est, que la blockchain n’a pas de rĂ©el avenir… La sociĂ©tĂ© a dĂ©pensĂ© Ă©normĂ©ment d’argent pour mettre en place une division Recherche & DĂ©veloppement (R&D) dĂ©diĂ©e Ă  la blockchain. AprĂšs 5 ans, n’ayant rien Ă  montrer d’utile, qui puisse rĂ©sister Ă  un contact direct avec la rĂ©alitĂ© industrielle ou Ă©conomique, les objectifs prĂ©vus ayant Ă©tĂ© atteints au maximum Ă  10%, IBM a dĂ©mantelĂ© la division sans faire de bruit…

On pourrait aussi parler de beaucoup d’autres projets blockchain qui n’ont jamais vu le jour : le cadastre au Honduras, les transformations du NASDAQ, l’évolution des banques centrales (et je ne parle pas ici de CBDC, qui est un tout autre sujet !) etc.

L’exemple, souvent citĂ©, d’un cadastre national sur une blockchain est intĂ©ressant Ă  plus d’un titre. La thĂ©orie veut que cette solution rĂ©solve en particulier le problĂšme des droits fonciers dans les pays oĂč l’administration est corrompue ou au moins dĂ©sorganisĂ©e.

Prenons un exemple : en GrĂšce, 1 construction sur 5 n’est pas enregistrĂ©e. Pourquoi ? Car, le « propriĂ©taire Â» commence simplement Ă  construire (donc, illĂ©galement), et comme par magie, une nouvelle maison ou un bĂątiment tout neuf existe soudainement sans aucune dĂ©claration prĂ©alable.

Une blockchain ne sert Ă  rien dans ce cas ! C’est une base de donnĂ©es, pas un systĂšme qui rĂ©gule automatiquement l’existant… A aucun moment, la blockchain ne vĂ©rifie que les donnĂ©es fournies sont correctes, et n’a aucun moyen d’aller vĂ©rifier sur le terrain la lĂ©galitĂ© des constructions, encore moins de les arrĂȘter !

Ceci est un point important dont je reparlerai, et il est valable bien Ă©videmment pour toutes les bases de donnĂ©es : si j’intĂšgre des donnĂ©es erronĂ©es, volontairement ou non, le traitement rĂ©sultant sera incorrect (garbage-in, garbage-out). C’est une des idĂ©es reçues courantes : ce n’est pas parce que c’est Ă©crit sur une blockchain que c’est vrai ! En revanche, c’est thĂ©oriquement inamovible…

Un chiffre difficile Ă  vĂ©rifier estime aujourd’hui qu’au moins 9 projets incluant une approche blockchain sur 10 sont abandonnĂ©s en cours de route et n’entrent jamais en production.
La principale raison ? L’efficacitĂ©, tout simplement. Un peu comme utiliser un char d’assaut rudimentaire, juste pour aller faire ses courses…

D’ailleurs, si vous observez bien, des expĂ©rimentations blockchain annoncĂ©es, beaucoup ne font le plus souvent que suggĂ©rer cette technologie… et encore…

Tous les types de donnĂ©es peuvent ĂȘtre stockĂ©s sur une blockchain

Globalement, et cela fait partie des idĂ©es reçues largement rĂ©pandues, trĂšs peu de catĂ©gories de donnĂ©es nĂ©cessitent cette technologie ou peuvent ĂȘtre utilisĂ©es dans ce contexte. Donc probablement pas les vĂŽtres… et ceci sans mĂȘme prendre en compte l’Ă©ventuelle taille des blocs qui peut ĂȘtre trĂšs limitĂ©e en fonction de la conception de la chaĂźne considĂ©rĂ©e. Ceci explique par exemple pourquoi le mĂ©dia reprĂ©sentĂ© par un NFT n’est pas stockĂ© dans un bloc sur une chaine, mais bien sur un bon vieux serveur de fichiers. Le NFT ne contient que l’URL vers le mĂ©dia.

Donc, si vous devez vous lancer dans un projet blockchain, il conviendrait de prendre en considération, par un audit complet, les facteurs suivants :

  • Confiance
    Si vos donnĂ©es peuvent Ă©ventuellement ou doivent ĂȘtre gĂ©rĂ©es par un intermĂ©diaire de confiance, un stockage blockchain ne peut se justifier.
    Par exemple, le cas des biens immobiliers transformĂ©s en jetons (tokenized) est certes trĂšs futuriste, mais ne semble pas se justifier, car quel est l’intĂ©rĂȘt dans le monde rĂ©el de cette solution, dĂšs lors que l’on doit permettre l’accĂšs Ă  de multiples gestionnaires ou tiers ?
  • Vie privĂ©e
    Les donnĂ©es sur une chaĂźne publique sont totalement… publiques. Des informations privĂ©es, ou qui ne doivent ĂȘtre accĂ©dĂ©es que par des tiers de confiance ne devraient donc pas ĂȘtre stockĂ©es de cette maniĂšre.
    Un bon exemple : les donnĂ©es mĂ©dicales.
    La lĂ©gislation europĂ©enne sur les donnĂ©es privĂ©es (RGPD), en particulier le droit Ă  l’oubli, est un autre contexte Ă  prendre en compte. Ne jamais oublier qu’une fois qu’une information est sur une blockchain, elle ne peut normalement pas ĂȘtre supprimĂ©e.
  • Anonymat
    Sur une blockchain, vous n’ĂȘtes pas anonyme, votre identitĂ© est en fait « pseudonyme Â» : elle est liĂ©e Ă  un nombre. Et si quelqu’un peut relier votre nom et ce nombre, cela devient un vrai problĂšme car votre identitĂ© est alors connue.
    De nombreux chercheurs ont pu dĂ©montrer qu’il est en fait assez facile de dĂ©-anonymiser des identitĂ©s numĂ©riques, via l’historique des navigateurs ou les traceurs (cookies
) utilisĂ©es sur le Web (rĂ©seaux sociaux, sites e-commerce
).
    Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que tout ce que vous faites sur une blockchain publique est visible de tous.
    Enfin, n’oubliez pas que dans le cas des cryptomonnaies, pour acheter ou vendre, vous devez passer par un Exchange, qui demande bien sĂ»r Ă  ce que vous prouviez votre identitĂ© (KYC – Know Your Customer) pour effectuer des transactions financiĂšres.
  • CoĂ»t
    Le stockage sur une blockchain, ainsi que la puissance de calcul nĂ©cessaire, ont un impact financier bien supĂ©rieur Ă  l’utilisation d’une solution locale ou dans le cloud. Et il est probable que cela reste vrai longtemps, voire Ă  tout jamais, mĂȘme si certaines solutions blockchains semblent tenter d’amĂ©liorer les choses (PoS ou autre).
    L’impact Ă©nergĂ©tique est aussi Ă  prendre en considĂ©ration pour les entreprises conscientes de leur positionnement Ă©cologique.
  • Capture et crĂ©ation de valeur
    Sujet complexe. Tout dépend si les données sont stockées sur la chaßne ou pas, de la nature de ces données, et de la maniÚre dont le jeton utilisé pour les représenter est conçu.
  • LongĂ©vitĂ©
    Les donnĂ©es stockĂ©es sur une blockchain disparaissent, lorsque la chaĂźne cesse d’exister. Qui garantit la permanence de la chaine ? Comment ? Pendant quelle durĂ©e ? MĂȘme si la dĂ©centralisation permet thĂ©oriquement l’existence de multiples copies des mĂȘmes donnĂ©es, qu’arriverait-il Ă  une chaine qui cesse d’ĂȘtre utilisĂ©e ?
  • ComplexitĂ©
    Les outils et langages pour programmer dans l’écosystĂšme blockchain sont rĂ©cents et potentiellement fragiles. Il y a encore peu de « best practices Â». Il convient donc de bien considĂ©rer les risques opĂ©rationnels et la sĂ©curitĂ©, comme par exemple l’audit des smart contracts.
  • Censure
    Si, cas extrĂȘme probablement, vos donnĂ©es doivent pouvoir rĂ©sister Ă  la censure, peut-ĂȘtre est-il concevable de considĂ©rer l’usage d’une blockchain.

Une rĂšgle de base Ă  appliquer : A moins (1) d’avoir besoin de crier Ă  la face du monde que l’action A a eu lieu Ă  l’instant T, et (2) que le monde en question ait quelque chose Ă  faire de cette information pour s’en soucier, vous n’avez pas besoin d’une blockchain. MĂȘme privĂ©e…

Les mises Ă  jour de grands livres financiers sont un bon exemple de cette derniĂšre mise en garde. Car, bien que cette solution existe et semble fonctionner, malgrĂ© plus d’une dizaine d’annĂ©es d’optimisme et de prosĂ©lytisme sur cette technologie « pour rĂ©pondre Ă  tout », peu d’autres exemples concrets ont Ă©tĂ© adoptĂ©s par un large public.

A suivre pour d’autres idĂ©es reçues…

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Quel cryptofutur ?

Commençons par un Ă©claircissement rapide sur l’usage de « crypto » dans le contexte blockchain… C’est un abus de langage, et c’est pour cela que je l’utilise en plaisantant avec cryptofutur.

La partie « crypto » dans « cryptomonnaie » n’a pas de sens. L’abrĂ©viation « crypto » (du grec ancien Îșρυπτός – cachĂ©) fait normalement rĂ©fĂ©rence Ă  la cryptographie (cryptologie), donc au chiffrement. Eventuellement, pensons aussi Ă  la cryptozoologie

Ce n’est donc pas l’utilisation d’une simple fonction de hachage ou d’une clĂ© asymĂ©trique pour l’identification, qui fait d’une blockchain une solution sĂ©curisĂ©e, car il n’y a aucun chiffrement rĂ©el.
Ceci pour dire que l’usage de « crypto » est largement survendu…

AprĂšs avoir fait un tour aussi factuel et exhaustif que possible de l’Ă©cosystĂšme blockchain actuel dans les billets prĂ©cĂ©dents, je vais maintenant m’intĂ©resser Ă  ce que ce cryptofutur, qu’on nous vend sous tous les angles imaginables, reprĂ©sente rĂ©ellement.

A partir de 2013 environ, j’ai commencĂ© Ă  m’intĂ©resser Ă  toutes les variations autour de la blockchain, tant technologiques, qu’Ă©conomiques, voire politiques (rĂ©gulations)…
Pour ĂȘtre clair : je ne me suis pas uniquement intĂ©ressĂ© aux cryptomonnaies*, mais bien aux technologies sous-jacentes.

Je dois avouer franchement qu’aujourd’hui, je suis de moins en moins convaincu par les potentialitĂ©s, voire l’avenir, de cette technologie et de ses dĂ©veloppements rĂ©cents, qui me semblent ressembler de plus en plus Ă  un ensemble de solutions cherchant un problĂšme Ă  rĂ©soudre…

Si vous ne l’avez pas dĂ©jĂ  fait, je vous recommande de consulter les parties prĂ©cĂ©dentes sur les bases de la blockchain :
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PS : ce billet ne traitera pas directement des cryptomonnaies (cryptocurrencies), NFTs (Niftis), jetons (tokens), Web3. Je leur consacrerai des billets dédiés à part.

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Le grand flou…

Lorsque l’on demande Ă  un professionnel blockchain de dĂ©fendre sa technologie innovante et que la seule rĂ©ponse est « d’attendre 5 ans, pour voir », c’est en gĂ©nĂ©ral le signe qu’il semble exister un certain nombre de problĂšmes, voire de lacunes (au moins actuellement…).

Evolving expert Blockchain
(c) Gaping Void

Idem, si l’on cherche des exemples d’applications blockchain qui ont rĂ©ussi ou qui soient clairement supĂ©rieures Ă  des technologies existantes, les rĂ©ponses sont globalement trĂšs floues, quand on rĂ©ussit Ă  en obtenir…

« Il est dommage que vous ne compreniez pas les bĂ©nĂ©fices immenses de la technologie blockchain. Â»
« … Â»
« Mais je ne vais certainement pas vous expliquer ces bĂ©nĂ©fices… ni Ă  vous, ni Ă  quiconque d’ailleurs. Â»

Par exemple, vouloir gĂ©rer une chaine d’approvisionnement ou toute forme de collecte de donnĂ©es sur une blockchain, c’est oublier de se demander s’il n’existe pas d’autres mĂ©thodes et technologies plus pertinentes qui n’impliquent pas un gaspillage certain (voire massif) de ressources.

Ma conviction actuelle est que les entreprises ont probablement plus besoin de se pencher sur un changement de leur modĂšle Ă©conomique, comme par exemple une rĂ©flexion de fond sur la transformation digitale de l’organisation, que de se lancer dans l’implĂ©mentation d’une solution blockchain, qui certes permettra de « communiquer » (hype), mais ne rĂ©soudra probablement pas grand chose, sans parler de l’impact financier nĂ©gatif Ă©ventuel.

Do I need a Blockchain? / Cryptofutur

C’est le cas en particulier dans l’univers des banques et des services financiers, mais j’y reviendrai en dĂ©tail ultĂ©rieurement.

Retour vers le cryptofutur

En 2017, le Harvard Business Review nous annonçait « La VĂ©ritĂ© sur la Blockchain – cela prendra des annĂ©es pour transformer les entreprises, mais le voyage commence maintenant », incluant un modĂšle pour repenser les fondations technologiques du systĂšme informatique en considĂ©rant cette technologie comme Ă©tant l’Ă©quivalent de TCP/IP pour la crĂ©ation d’Internet.

En 2018, le magazine Wired titrait « Les 187 choses que la blockchain est supposĂ©e corriger – les entreprises et entrepreneurs se lancent dans la course au dĂ©ploiement de la technologie blockchain pour gĂ©rer tous types de problĂšmes et d’opportunitĂ©s apparentes ». La liste est longue, et il y a vraiment de tout, entre bon grain (?) et ivraie…

En 2019, voici comment l’un des professeurs (que je ne nommerai pas) d’une grande Ă©cole de commerce française (suivez mon regard…) prĂ©sentait la technologie blockchain. Vous noterez l’usage marquĂ©, non pas du futur, mais encore du conditionnel Ă  tous les niveaux


Cette nouvelle technologie blockchain permettrait de transcender les nations et les frontiĂšres et d’autoriser n’importe qui, n’importe oĂč, Ă  effectuer des Ă©changes commerciaux au-delĂ  des États-nations.
Il s’agit d’un systĂšme qui permettrait Ă  tout le monde, partout et n’importe oĂč, de participer Ă  une Ă©conomie mondiale sans barriĂšres, sans frontiĂšres, sans identitĂ©, simplement en utilisant un logiciel.
Et pour la premiĂšre fois dans l’histoire de l’humanitĂ©, cette technologie blockchain permettrait Ă©galement aux entitĂ©s non-humaines de contrĂŽler et Ă©changer des valeurs monĂ©taires, voire Ă©conomiques ou juridiques. Par exemple, un titre de propriĂ©tĂ© associĂ© Ă  une maison, ou une clĂ© de contact correspondant Ă  une voiture spĂ©cifique. Ces « contrats intelligents Â» pourraient permettre le transfert vers le nouveau propriĂ©taire du contrĂŽle Ă©nergĂ©tique de son domicile ou de l’activation et de l’assurance de son vĂ©hicule sans intermĂ©diaires administratifs.
Un agent logiciel, qui n’appartient Ă  personne, pourrait Ă©galement possĂ©der et effectuer des transactions monĂ©taires au niveau international !

Et voilĂ  ce que prĂ©voyait Ă  la mĂȘme pĂ©riode McKinsey et le World Economic Forum, en insistant bien malgrĂ© tout sur les problĂšmes de sĂ©curitĂ© et de confiance, allant mĂȘme jusqu’à prĂ©voir que 10 % du PIB global serait stockĂ© sur une blockchain en 2025 :

Les discours ont-ils changĂ© aujourd’hui ? Non, on est toujours au minimum au futur (mais surtout au conditionnel), et bon nombre d’expĂ©rimentations pour crĂ©er un Ă©cosystĂšme blockchain viable ont Ă©tĂ© mises en sommeil, voire purement et simplement enterrĂ©es…

Retour aux fondamentaux

La résolution de tous les problÚmes ?

L’Ă©cosystĂšme blockchain et ses technologies sous-jacentes sont supposĂ©es pouvoir tout changer : l’industrie du transport, le systĂšme financier, les gouvernements et la gouvernance
 en fait, que ne pourrait-il transformer ? C’est la panacĂ©e technologique !
Mais le plus souvent, l’enthousiasme flamboyant des promoteurs de l’Ă©cosystĂšme blockchain et de notre cryptofutur aux lendemains qui chantent, provient principalement d’un manque flagrant de connaissance et de comprĂ©hension du sujet Ă  traiter Ă  la base : le fonctionnement rĂ©el d’une entreprise ou d’une chaine de valeur.

Pour faire court : la blockchain est une solution Ă  la recherche d'un problĂšme… Cliquez pour tweeter

Les technologies informatiques sont complexes et le plus souvent il est difficile de faire rĂȘver les dĂ©cideurs et autres conseils d’administration sur ce sujet. GrĂące Ă  la blockchain, au cloud, Ă  l’IA, au Machine Learning, sans oublier plein d’autres gimmicks comme « Big Data », il est enfin possible de vendre un peu de magie dans les TICs. Comme c’est un immense marchĂ©, potentiellement trĂšs intĂ©ressant financiĂšrement, qui s’en priverait… D’autant que cela permet aux conseils d’administration de prĂ©parer de belles campagnes de RP en parallĂšle…

Citations / Quotes

What we’ve learnt from 12 years of experimentation is that there isn’t a way to run an efficient, secure, scalable financial system without using trusted intermediaries. That’s it, that’s the result.

Adam Brown

Decentralisation is a post-capitalist concept. Capitalism cannot tolerate true decentralisation (although it will happily sell you the illusion of decentralisation) because true decentralisation cuts out the middleman. And capitalism is the religion of the middleman.

Aral Balkan
Soyons clairs : seuls quelques scientifiques et ingénieurs en informatique ont une vision positive du couple que forment la blockchain et les cryptomonnaies. Cliquez pour tweeter

Une solution qui ne sert (presque) Ă  rien

Le cƓur d’une blockchain, le fameux grand livre ou ledger, est en fait une simple feuille de calcul (pensez Ă  Excel, mais avec une seule table), pourtant mise en lumiĂšre comme Ă©tant une nouvelle maniĂšre de stocker des donnĂ©es.
Par ailleurs, avec les (vraies) bases de données, il y a en général un responsable, qui administre, qui décide qui peut accéder aux données, en ajouter (entrer, saisir) et qui peut les éditer, voire les supprimer.

Avec une blockchain, personne n'est en charge de la gestion, et on ne peut ni changer, ni supprimer des informations : seulement ajouter des données et les consulter. Cliquez pour tweeter

Mais, comme les spĂ©cialistes de cette technologie vont enrober leurs prĂ©sentations dans tout un verbiage pseudo-technique, pour vendre ce cryptofutur miraculeux, les non-initiĂ©s vont marcher Ă  fond par manque d’information (ou d’Ă©ducation technologique)…

« Un systĂšme qu’on ne peut arrĂȘter ! »
« Un tour de force technologique ! »
« Un algorithme de consensus décentralisé ! »

La rĂ©alitĂ© ne rĂ©siste pas en gĂ©nĂ©ral Ă  une inspection rapprochĂ©e…

La technologie au sein des blockchains a en fait cherchĂ© Ă  rĂ©utiliser le discours dĂ©veloppĂ© Ă  l’origine pour le Bitcoin en le gĂ©nĂ©ralisant : « dĂ©barrassons-nous des banques et du systĂšme financier » est devenu, Ă©liminons le cadastre, les machines Ă  voter, les compagnies d’assurance, Facebook, Amazon, Uber, les gouvernements et toutes les entreprises etc.

« Grùce à la blockchain, tout ça ne sert à rien ! Les utilisateurs prennent le pouvoir !« 

Le problĂšme, comme on le voit rĂ©guliĂšrement, est qu’il y a une grosse diffĂ©rence entre les promesses diverses et la rĂ©alitĂ© du monde (cruel) qui nous entoure…

S’il est vrai qu’une solution blockchain est toujours trĂšs apprĂ©ciĂ©e lors d’une prĂ©sentation PowerPoint, au final, la majoritĂ© des projets a tendance Ă  ne pas dĂ©passer le stade du communiquĂ© de presse, qui vantera les prouesses potentielles et la vision de l’entreprise X Ă  entrer de plein pied dans le cryptofutur (avant les autres bien sĂ»r)…

Dans le billet suivant, je vais m’efforcer de dĂ©monter une Ă  une les idĂ©es reçues et de remettre quelques pendules Ă  l’heure.

A suivre…

* Disclaimer : Je n’ai jamais achetĂ© de « coins », sous aucune forme, pour des raisons personnelles, mais j’ai jouĂ© avec quelques faucets et donc j’ai des fractions de diverses cryptomonnaies qui doivent exister quelque part. J’ai aussi rĂ©alisĂ© de nombreux tests avec divers systĂšmes de monĂ©tisation (Coil), voire de paiement dĂ©centralisĂ© ou de micro-paiement (XRP, Nano…) etc.

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