Catégories
KoToNTeeJ

Rare version of Isaac Hayes’ Shaft theme…

Quand on dit « Shaft », on pense Isaac Hayes. Quand on dit Isaac Hayes, on pense « Shaft » et Blaxploitation.

Shaft arranged as an extended Disco track…

Bonus: live in Montreux

Bonus: Original opening credits

Updated post

Catégories
KoToNTeeJ

Blaxploitation

Long billet…

Il y a une dizaine d’annĂ©es (2009) sortait en France un film qui remettait au goĂ»t du jour un « genre » que l’on pensait oubliĂ©, la Blaxploitation, mĂȘme si c’est devenu une source d’inspiration pour le Gangsta’Rap et les films de Tarantino


Le film Black, avec MC Jean Gab’1 dans le rĂŽle titre, est tournĂ© au SĂ©nĂ©gal. Je dois ĂȘtre franc : je ne l’ai jamais vu et sa critique est assez mauvaise. Voici la bande-annonce :

Le rĂ©alisateur a surtout tentĂ© de rendre hommage Ă  un genre cinĂ©matographique et musical : la Blaxploitation. Contraction de « black » et « d’exploitation » (pour films d’exploitation commerciale, faits rapidement et Ă  budget modĂ©rĂ©), c’est en fait le symbole d’une rĂ©volte, au dĂ©but des annĂ©es 70, des artistes noirs amĂ©ricains qui « en ont marre » de ne jouer que des 3Ăšme ou 4Ăšme rĂŽles, trĂšs stĂ©rĂ©otypĂ©s, ou des rĂŽles plus importants, mais trĂšs « politiquement corrects ».
Ils dĂ©cident de crĂ©er un type de « SĂ©ries B », oĂč ils seront les producteurs, les rĂ©alisateurs, les acteurs, les musiciens et les hĂ©ros du film, bons ou mĂ©chants
 pour un public potentiel important et avec un humour souvent ravageur et critique

Donc, un cinĂ©ma fait par des noirs pour des noirs, aprĂšs les luttes pour les droits civiques des annĂ©es 60. Ne pas oublier qu’en 1969, James Brown chantait I’m black and I’m Proud.

Blaxploitation’s story

Le premier film Ă  ĂȘtre diffusĂ© dans ce contexte est Sweet Sweetback’s Baadasssss Song rĂ©alisĂ© en 1971 par Melvin Van Peebles.
La majoritĂ© des films tournĂ©s sont dans la catĂ©gorie action ou polar, jouant Ă  fond sur les clichĂ©s de l’Ă©poque. Naissent ainsi des classiques, oĂč la musique et les musiciens sont une composante importante : Superfly, avec la musique de Curtis Mayfield, Shaft, les nuits rouges de Harlem, avec la musique d’Isaac Hayes, Tuck Turner avec Isaac Hayes en acteur aussi, Foxy Brown, le volet fĂ©minin, Car Wash
 jusqu’Ă  des films d’horreur comme Blackula ou Blackenstein

Ce mouvement cinĂ©matographique fut prolifique sur une courte durĂ©e, Ă  la fois rattrapĂ© par les studios Hollywoodiens et la disparition des salles dĂ©diĂ©es aux films d’exploitation, au dĂ©but des annĂ©es 80.

SuperFly - Curtis Mayfield - Blaxploitation

Si la majoritĂ© des films ont disparu de notre mĂ©moire, ou presque, les bandes originales, souvent d’une qualitĂ© exceptionnelle, tant en Funk qu’en Soul Music, sont encore trĂšs connues, et trĂšs largement samplĂ©es. Ainsi, les plus grands artistes afro-amĂ©ricains ont composĂ© pour la Blaxploitation : James Brown, Isaac Hayes, Curtis Mayfield, Bobby Womack, Marvin Gaye, Sly Stone, Roy Ayers
 et mĂȘme Herbie Hancock et Barry White.
Toute la musique urbaine des années 70 est là.

Shaft (1971)

Car Wash (1976)

Truck Turner (1974) avec Isaac Hayes

Foxy Brown (1974) avec Pam Grier

Black comme Blaxploitation

Pour revenir au film Black, il est l’oeuvre de passionnĂ©s de cette pĂ©riode du cinĂ©ma (production, scĂ©nario), d’un rĂ©alisateur, Ă  la vision trĂšs graphique, et d’une Ă©quipe de conseillers musicaux qui devait rappeler la tonalitĂ© des bandes-son d’Ă©poque, sans tomber dans la nostalgie. La BOF regroupe des titres originaux, des reprises (Zombie, de Fela Kuti, repris par Nile Rogers, guitariste de Chic et Roy Hargrove Ă  la trompette) et des classiques (Also sprach Zarathustra, de Richard Strauss arrangĂ© par Eumir Deodato ; Roy Ayers ; Antibalas ; Don Cherry ; et mĂȘme Magma de Christian Vander !).
La chanson du gĂ©nĂ©rique (de fin) mĂȘle Rap et Afrobeat jazzy avec une rencontre entre Mc Jean Gab’1 et Tony Allen, le batteur historique de Fela.


Quelques mois plus tard, sortait Black Dynamite avec Michael Jai White, comĂ©dien et champion d’Arts Martiaux !

Clairement, c’est un hommage parodique Ă  la Blaxploitation des annĂ©es 70, qui offrit de nombreux films de sĂ©rie B (voire Z). La reprise stylistique est dans la mĂȘme veine que ce qu’a fait rĂ©cemment Quentin Tarantino, inspirĂ© par la mĂȘme Ă©poque et le genre Grindhouse avec Boulevard de la mort (Death Proof).

La reconstitution de l’Ă©poque semble extrĂȘmement fidĂšle, voire plus annĂ©es 70 que l’original, les situations et les personnages directement sortis de ces films rĂ©alisĂ©s bien auparavant


Quant Ă  la BOF, on trouve d’une part les compositions originales du multi-instrumentiste Adrian Younge, qui y joue, dans le style des annĂ©es 70 et en respectant l’ambiance musicale correspondante, du piano Ă©lectrique Rhodes, de l’orgue Hammond, du Clavinet Hohner, du clavecin, des synthĂ©tiseurs, du vibraphone mais aussi guitare, basse, flute, saxophone, violoncelle et percussions. Impressionnante liste dont le but est de produire une rĂ©elle authenticitĂ©. Il s’inspire de Curtis Mayfield, Isaac Hayes, Ennio Morricone et Wu-Tang Clan.
D’autre part, le film est ponctuĂ© d’illustrations musicales, sĂ©lectionnĂ©es par le Music Supervisor David Hollander qui a choisi lui-mĂȘme des titres parmi toute la musique Funk de « stock », composĂ©e dans les annĂ©es 70 pour le cinĂ©ma et la tĂ©lĂ©vision au Royaume-Uni.

Enjoy!

Fusion de 2 billets publiĂ©s Ă  l’origine en 2009 sur mon dĂ©funt blog KoToNTeeJ.

Remarque : en 2019, Eddie Murphy a co-produit pour Netflix un hommage Ă  la Blaxploitation avec Dolemite Is My Name, film plutĂŽt sympathique au demeurant.