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Seconde chance – 2

A la rencontre de notre « héros »…

Gérôme Adamo Bogdanoff (GAB pour les intimes) est un type presque normal, un héros du quotidien. La cinquantaine, un peu d’embonpoint, un divorce, une famille recomposée, une résidence secondaire à la campagne, un travail dans le marketing qui ne le passionne plus vraiment… Et beaucoup d’illusions perdues.

Il est du genre à assumer ses choix, même si tout au fond de lui, il sait que ce ne sont pas vraiment les siens et qu’il aurait voulu être quelqu’un d’autre… Un artiste peut-être… Bien sûr, il fait partie du système aujourd’hui. Il y a bien longtemps, Papa ne lui a pas vraiment laissé d’autre alternative. Il a donc dû mettre de côté ses rêves et ses envies de liberté débridée, sa rébellion naturelle, son adolescence punk et anarchiste, avec ses envies de tout casser pour reconstruire autre chose, autrement.

Son non-conformisme, GAB le fait passer par petites touches dans son habillement. Globalement, sa position et ses responsabilités ne lui permettent pas la majorité du temps de se lâcher comme il le souhaiterait. Mais dès qu’il le peut, il porte sur lui, visible ou non, ses personnages ou héros dessinés préférés (du Marsupilami de Franquin à Taz, le Tasmanian Devil des Looney Tunes). Parfois c’est une petite épingle de cravate, à d’autres des chaussettes multicolores. Il s’amuse comme il peut…

Héros ou mouton noir ?

Consommateur insatiable de culture, il occupe son temps libre à s’intéresser à tout, lire tout ce qui lui tombe sous les yeux, écouter toutes les musiques du monde, découvrir l’art, ou se régaler avec une bande dessinée, récente ou pas… Curieux à l’extrême, il aime voir, toucher, écouter, sentir, comprendre ou tout du moins essayer d’emmagasiner des émotions de toutes sortes.

Une pensée obsédante le poursuit depuis son jeune âge, et se renforce avec les années.
Tout au fond de lui, il se sent souvent déconnecté des autres humains, pas totalement misanthrope, mais désabusé par les bassesses permanentes, l’incurie dominante, l’absence de respect des autres, de tous les autres êtres vivants, de l’environnement, de la planète aussi…

GAB ressent de plus en plus souvent le besoin de communiquer, de communier, avec la terre, l’eau, les arbres, les espèces animales et toutes les petites bêtes qui courent sur l’écorce du monde.

Lorsqu’il n’y arrive pas, boulot oblige, quand il se sent vraiment trop déconnecté de ce qui l’entoure, au bord de craquer, sans pour autant glisser vers la dépression, quand trop c’est trop, l’idée obsédante revient comme un flash de lucidité : il n’est pas né sur la bonne planète…

Et voilà que GAB vient de passer directement, presque de glisser sans friction, d’une rue sous des trombes de pluie à une clairière ensoleillée, où l’herbe est grasse et les fleurs multicolores.
Que s’est-il passé ? Où est-il ? Que fait-il là ? Pourquoi moi ?
Une petite boule se forme dans son estomac. Son rythme cardiaque s’accélère imperceptiblement. Il a passé l’âge de jouer les aventuriers, encore moins les héros…

Les pensées se bousculent dans sa tête… Son manteau dégoulinant commence à dégager un peu de vapeur, l’encombre, tandis que ses yeux s’habituent à cette nouvelle luminosité, à cette verdure si accueillante qui l’entoure. Il n’y a pas de bruit, aucun oiseau ne semble vouloir remplir l’air de sa présence mélodieuse. Peut-être sont-ils aussi surpris que lui…

Il fait un tour sur lui-même : des arbres, des herbes variées, de petits amas de végétation luxuriante partout. Au-dessus de sa tête un ciel bleu layette, où glissent paresseusement quelques nuages inoffensifs.

Il finit par retirer son manteau, son chapeau, les pose sur un bosquet près de lui. Il ouvre sa veste, desserre sa cravate et mécaniquement attrape son mobile au fond de sa poche de pantalon.

Bien évidemment, il n’y a pas de réseau… En le levant au-dessus de sa tête, il tente de capter un signal. Rien.

Bon sang, il se passe quoi ?

Au moment où il va replacer le téléphone à sa place habituelle, celui-ci vibre doucement.

GAB vient de recevoir un message.

Ne bougez pas, j’arrive !

A suivre…

Dr Martens - Sex Pistols "I wanna be me"
I Wanna Be Me – Sex Pistols
 »Anarchy In The UK » live from the album ‘Never Mind the Bollocks’ (1977)

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