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Réflexions

NFTs (2) : escroquerie morale

Et financière…

« Bienvenue dans le monde du Web3, un monde où les NFTs sont utilisés partout et pour tout. »

Dans l’introduction, j’ai présenté les NFTs pour ce qu’ils sont : de simples codes-barres, des identificateurs sur une blockchain, un peu comme des reçus de carte bancaire…

Anil Dash, qui co-inventa en 2014 la première occurrence d’un NFT comme moyen de prouver les droits d’un artiste sur Internet, a expliqué dans une interview :

Du fait des limites techniques, les blocs sur la plupart des chaines sont bien trop petits pour contenir une image dans sa totalité. C’est pourquoi il a été plusieurs fois suggéré de n’inclure que l’adresse web d’une image, ou éventuellement une version compressée de l’œuvre. 7 ans ont passé, et toutes les plateformes NFT populaires utilisent un lien vers un serveur de stockage externe.

Pourquoi utiliser une blockchain pour générer un gros code-barre ?

Car cela permet d’emballer une démarche très « légère », la vente d’un simple ticket/QRCode, dans un verbiage crypto-technologique pour faire passer la « pilule ».

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Des solutions de signature numérique existent depuis des décennies, et bien évidemment nos « amis » du monde crypto ont décidé de réinventer la roue « sur une blockchain ».

En emballant ces signatures numériques (assez inintéressantes à la base) dans un peu de jargon technologique et un joli acronyme, les mêmes cryptofraudeurs ont senti qu’ils avaient le moyen de faire croire à de potentiels clients crédules qu’ils avaient créé une solution révolutionnaire (certes : pour les débarrasser de leur argent).

NFTs are MLM for bros

Nombreux sont ceux qui tentent d’expliquer tout cela au grand public depuis un certain temps : une personne qui investit dans les NFTs ne comprend pas ce qu’elle achète, et le peu de « droits » obtenus par ce biais, même si elle est persuadée du contraire…

Mais l’escroquerie va encore plus loin…

Les NFTs lavent plus blanc…

Depuis des années, des petits malins arrivent à vendre des « parcelles sur la lune » ou des « étoiles à votre nom ». Au final, ils se contentent d’assembler et d’organiser des listes d’individus crédules, dans leurs « grands livres ». Bien évidemment, ce n’est qu’une fraude, car personne ne possèdera un morceau de lune ou une étoile nominative, pour 50€ ou plus.
Avec les NFTs, qui reposent principalement sur le même principe, les gens sont prêts à débourser des millions (en cryptomonnaies, mais tout de même…).

Les escrocs, arnaqueurs ou fraudeurs de tous poils, sont en fait les vrais génies (et les grands gagnants) de cette « folie crypto », dans le même esprit que les altcoins ou memecoins

Le monde de l’art a déjà la réputation d’être propice au blanchiment d’argent et à l’évasion fiscale. Les NFTs ajoutent le côté digital et abstrait à ces mauvaises habitudes financières, surtout quand la majorité des « vrais » acheteurs ne sait pas ce qu’elle achète et rentre sur ce marché, attirée par la peur de louper « quelque chose de grandiose ». 

Pour accélérer l’afflux d’argent dans le système, les fraudeurs ont commencé à se revendre les NFTs entre eux (ou à eux mêmes), pour augmenter les prix, et ensuite clamer partout que ce marché vaut énormément d’argent… que le prix de vente « gonflé » de leurs NFTs est bien la preuve de leur valeur.

Contrairement à ce que dit la vidéo, l’acheteur ne possède pas « la copie originale de l’actif numérique » comme vu précédemment.

Ainsi une étude du journal Nature sur 6,1 millions de ventes sur le marché NFT, montre que 85% de toutes les transactions sont réalisées par 10% des marchands et qu’ils ont échangé au moins 97% de tous les actifs.

Le premier résultat intéressant de cette étude est qu’il apparaît que le prix de vente moyen est inférieur à 15 USD pour 75 % des actifs et supérieur à 1594 USD pour seulement 1% d’entre eux. Ce qui signifie que la grande majorité des NFTs ne génère pas de gain (car il ne faut pas oublier que le fait de créer un NFT sur la majorité des blockchains, le « minting », engendre des frais, gas fees sur Ethereum par exemple).

La deuxième découverte importante est la forte concentration des acheteurs : le top 10 % des traders effectue 85 % de toutes les transactions et intervient au moins une fois sur 97 % de tous les actifs. Ceci indique un déséquilibre important quant aux interactions entre ceux qui créent ou possèdent et ceux qui achètent et vendent.

Enfin, il apparaît un point très indicatif de ce marché : le prix d’un NFT est fortement corrélé au prix des NFTs précédemment vendus dans la même collection. Ce qui signifie plus que probablement que les prix sont manipulés (« pump« ) par des initiés, afin de trouver quelqu’un pour acheter ces NFTs, soit en les vendant à des amis, soit on gonflant le prix jusqu’à ce que quelqu’un morde à l’hameçon.

Les conclusions de l’étude sont entre neutres et positives, mais devraient ouvrir les yeux de tous ceux qui clament haut et fort que nous assistons à une révolution, alors que la réalité est bien plus limitée : une forte concentration des transactions et un important potentiel à truquer le système, en manipulant les prix.

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Il reste malgré tout un problème évident : se vendre des actifs à soi-même, pour en augmenter le prix, ce que l’on nomme « wash trade ou trading » est illégal. Et c’est une méthode très régulièrement utilisée, tant sur le marché de NFTs que des cryptomonnaies.

From 500 to 160K with NFTs
From 500 to 160K with NFT

NFTs Wash trading ?

Gérard a pas mal d’ETH dans plusieurs portefeuilles (wallets avec des adresses différentes sur la blockchain Ethereum);
Gérard paye 1 ETH pour un NFT
(un punk ou BAYC etc.);
Gérard se rachète ce même NFT pour 50 ETH depuis un autre de ses portefeuilles;
Il réitère l’achat, mais pour 500 ETH depuis un troisième portefeuille,
Rebelote, pour 1500 ETH avec un quatrième portefeuille;
Michel paye 1600 ETH pour le NFT, car il pense que cette augmentation des prix est réelle et qu’elle indique un intérêt certain, une « valeur » sur le marché.

Mais ce n’est qu’un marché de dupes : toutes les premières transactions sont factices.

PS : il est même possible d’utiliser des prêts très courts proposés par certaines solutions DeFi (« flashloans« ), et automatisés par des « bots » pour gonfler le prix encore plus, si l’on ne dispose pas des fonds nécessaires.

Méthode(s) alternative(s)

Conclusion – NFTs (2)

Je vais continuer à explorer ce marché des NFTs et des dernières « innovations » dans ce domaine, mais pour synthétiser rapidement ce billet :

  • l’acheteur d’un NFT n’achète qu’une identification (code-barres) sur une blockchain pointant vers une URL qui hypothétiquement aura une certaine durée dans le temps,
  • aucun droit de propriété n’est associé au NFT (sujet que j’explorerai plus profondément dans un prochain billet),
  • c’est un marché de dupes où la manipulation est reine et où la majorité des transactions n’est le fait que de quelques-uns.

Il est évident que ce marché est aussi une énorme machine à laver, pour blanchir de l’argent autant que faire se peut.

Néanmoins, ne pas oublier qu’il faudra malgré tout, à moment donné, penser à déclarer les différentes sources de revenus aux autorités idoines, et que pour certains « petits » joueurs, cela risque de tourner au casse-tête chinois…

Disclaimer : j’ai travaillé quelques temps sur une idée/projet de plateforme NFTs pour les artistes africains, il y a une dizaine de mois, avant que cela ne soit à la mode. Mais, au vu des réalités sous-jacentes, j’ai préféré abandonner très rapidement. Après lecture du billet, vous aurez compris les raisons…

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