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NFT ou jeton non-fongible (1)

J’interromps temporairement ma série de démystification de la blockchain, pour faire un point sur ce qu’est un NFT et commencer un nouvel ensemble de billets dédiés, dont voici l’introduction.

TL;DR – NFT, c’est l’acronyme à la mode actuellement, dans le monde artistique et celui des blockchains et cryptomonnaies. Prenons un peu (beaucoup) de recul sur ce sujet, car il y a beaucoup à en dire, et la conclusion est plutôt très très très négative à plusieurs niveaux…

cryptokitties NFT

La théorie des NFTs

NFT = Non-Fungible Token. En français, “jetons non-fongibles”.

Comme son nom l’indique, il convient de bien noter qu’il s’agit d’un jeton, un “actif numérique” sur une blockchain, théoriquement unique (d’où la non-fongibilité), vérifiable, et non d’un contenu (média ou autre).

Considérés comme des objets de collection, le plus souvent pendant digital des cartes “collector” qui existent depuis des décennies (football, baseball, voire Pokemons), on trouve les NFTs majoritairement sur la blockchain Ethereum, mais d’autres chaines ont commencé à offrir les mêmes services. On les achète et vend en payant en cryptomonnaies, sans oublier les frais de transaction correspondants (gas fees par exemple), souvent assez élevés.

Depuis les premiers Punks pixelisés, en passant par les CryptoKitties, jusqu’aux Apes et leurs clubs de tous ordres, la distribution de NFTs plus ou moins artistiques prend de l’ampleur dans l’écosystème blockchain. Cette version “évoluée” du jeton, ou de l’actif tokenisé, nous est présentée comme solution géniale pour de multiples problématiques auxquelles nous serions confrontés et que seule cette solution pourrait résoudre. Parmi les exemples régulièrement cités on retrouve la vente de tickets, le cadastre encore, et bien sûr un moyen pour “enfin” rémunérer justement les artistes, dans les arts graphiques ou la musique.
Je passerai en revue certains de ces cas “réels” dans la suite de cette série.

La réalité d’un NFT

Si la majorité des NFTs sont liés aujourd’hui à un média numérique (image, photo, vidéo…), ce média proprement dit n’est pas le sujet de la transaction : l’acheteur ne détient aucun droit, aucune exclusivité en dehors du monde “NFT”, sauf exception éventuellement concédée.
Je reviendrai sur les différentes interactions potentielles entre NFT et propriété intellectuelle ultérieurement.

Les NFTs pourraient être considérés comme des reçus numériques. Mais de quoi ?

Tout ce qu’un NFT prouve c’est que vous avez dépensé une certaine somme (en ETH majoritairement aujourd’hui) pour un pointeur sur une blockchain et un ensemble de métadonnées (format JSON).

Faisons un rapide parallèle très simplifié : je vais à la boulangerie. J’achète un croissant. Je paie. La vendeuse me donne un ticket pour mon achat. Je mange le croissant. Il me reste le reçu, bien que sa relation avec un vrai croissant ne soit plus désormais que purement relative. Si je devais tomber malade après cette consommation, le petit bout de papier pourrait “prouver” que j’avais réalisé et payé cet achat, à condition encore de démontrer qu’il était bien la source des symptômes…

Un NFT a peu de relation avec quoi que ce soit de concret, tant dans le monde digital que réel.
La meilleure preuve, par exemple, est que si le site vers lequel pointe le lien référencé dans le jeton sur la blockchain disparaît, alors j’obtiens un magnifique “Error 404” !

On peut même aller plus loin et affirmer que ce n’est même pas un vrai reçu d’achat, plutôt une preuve que la personne qui a créé le NFT ou qui le possédait en dernier, l’a transféré vers un portefeuille que vous contrôlez.

Ce n’est pas non plus une réelle preuve de paiement, car le bloc qui contient la partie financière peut être séparé de celui contenant la transaction (pensez bon de livraison et facture). Certains décrivent un NFT comme un simple code-barres (EN) et c’est assez proche de la réalité telle que je la conçois…

NFT - This is your weekly reminder that buying metadata of a thing does not mean that you're actually buying the thing.

Au final, il faut aussi oublier la notion de « preuve de propriété », à laquelle on peut préférer éventuellement celle de « preuve de transfert », car à aucun moment, il n’y a démonstration que le média ou bien digital vers lequel un NFT pointe est bien à moi, juste qu’une personne donnée m’a transmis une URL.

Voilà, cette introduction permet de cadrer le débat, et je vais développer certaines notions dans les prochains billets, dont l’importance pour ce type d’offre de la rareté artificielle utilisée pour ajouter une valeur à un jeton digital qui n’en possède pas intrinsèquement.

A suivre…

Disclaimer : j’ai travaillé quelques temps sur une idée/projet de plateforme NFTs pour les artistes africains, il y a une dizaine de mois, avant que cela ne soit “à la mode”. Mais, au vu des réalités sous-jacentes, j’ai préféré abandonner très rapidement. Après lecture du billet, vous aurez compris les raisons…

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