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Layetier ? De l’emballage sur mesure « de luxe » (2/2)

Layetier ? Ce 2nd article vous propose un tour synthétique d’un métier de l’emballage que vous ne connaissez probablement pas et que j’ai adoré…

Introduction à cet article

Pour commencer, une définition générale : Cet artisan est spécialiste dans la conception, la fabrication et le commerce de caisses, de malles et tout autre emballage en bois, destinés à la manutention ou au transport de pièces fragiles et d’œuvres d’art.

Etymologie du mot Layette

Le terme layette, ou laie, trouve son origine probablement au Moyen-Age. C’est un tiroir ou coffret qui contient des objets, bijoux ou documents importants.

meuble horloger layette
Une layette d’horloger à multiples tiroirs

Par extension dérivée (métonymie), le mot a été utilisé pour désigner le contenu et plus seulement le contenant. C’est pourquoi, pour nos générations, le mot « layette » renvoie aux vêtements pour bébés… ou à leur couleur associée (« un bleu layette »).

Layetier : un peu d’histoire (synthétique)

Tout commence par une histoire de transport d’effets personnels… Au moins à partir du XIVème siècle, les rois de France et quelques grands nobles, souhaitant se déplacer d’un château à un autre, emportaient avec eux la majorité de leurs effets, y compris a priori les tapis et les grandes tentures pour protéger du froid… Il fallait donc des caisses, coffres ou malles. Ainsi nait la corporation des Malletiers, qui regroupe plusieurs corps de métiers, autour de l’utilisation du bois, du cuir…

Il y a une composante dans ce métier qu’il convient de bien mettre en évidence : non seulement, directement ou en sous-traitance, il s’agit de concevoir le contenant, malle ou coffret, mais l’artisan layetier doit aussi préparer et placer le contenu (vêtements et autres accessoires) à l’intérieur dudit contenant. C’est ainsi qu’il y eut pendant très longtemps des femmes au cœur de l’activité, chargées de préparer et repasser les soies et brocards, avant que le layetier-emballeur ne réalise le pliage, la protection (avec des toiles enduites ou non) et la mise en place.

Avec l’augmentation du nombre de carrosses, et beaucoup plus tard l’apparition du transport ferroviaire, voire transatlantique ou automobile, le métier évolue, d’un côté le layetier-emballeur, de l’autre le malletier. Ainsi, c’est Louis Vuitton qui invente la malle plate, une petite révolution pour tous.

layetier emballeur Louis Vuitton
layetier Louis Vuitton
Pour en savoir plus sur Louis Vuitton

Le métier se scinde donc en 2 branches. D’un côté les malletiers, qui vont faire évoluer le concept de la malle en parallèle de l’essor du déplacement et du tourisme, de l’autre les layetiers-emballeurs qui vont se consacrer majoritairement à compter du XIXème siècle, et jusqu’à la 2ème guerre mondiale, au transport de costumes de théâtre et d’opéra.

malle vuitton wardrobe layetier
Malle Louis Vuitton Wardrobe

Comme évoqué plus haut, des femmes font partie intégrante des équipes, et les hommes, après s’être poncé les doigts au papier de verre pour ne pas tirer de fils, sont chargés d’emballer les riches vêtements, séparant chaque pli par du papier de soie…

Layetier-emballeur, après-guerre

Après la guerre, et l’arrivée des matières synthétiques, le métier doit encore évoluer… Et c’est ainsi que l’activité principale devient l’emballage et le transport d’œuvres d’art, tant pour les musées que les collectionneurs privés.

Le layetier a la lourde tâche de définir la manière dont l’œuvre doit être emballée, pour pouvoir être transportée et protégée en toute sécurité, autant contre la casse (choc, chute…), que l’entrée éventuelle de liquides.

Et c’est le métier que j’ai exercé/appris, à 18 ans, dans une très ancienne société, à l’époque installée en plein Paris. J’ai ainsi pu travailler au Louvre, au Musée de l’Homme, à l’Abbaye de Cluny, aux Douanes de Paris et chez des particuliers, pour déménager des meubles signés, par exemple.

J’ai eu entre les mains des objets somptueux, des dessins de Picasso, des casques mérovingiens, un porte-nattes mongol en vrais cheveux, un petit cheval chinois totalement marqueté de petites plaques d’ivoire, des peintures, des aquarelles, des statues diverses, des mousquets de collection… pour lesquels il convenait de choisir à chaque fois le bon emballage sur mesure, réalisé en produits nobles (bois blanc, paille, papier de soie ou kraft, molleton…).

Le plus stressant ? Vérifier qu’une toile est bien accrochée à son cadre, et au besoin revoir les fixations… Vous avez déjà percé des trous près d’une toile assurée à 2 millions € ou plus ? Moi oui… La première fois, vous récitez une longue prière…

Ce fut absolument passionnant, mais malheureusement rapidement écourté suite à un « conflit syndical » sur lequel je ne m’étendrai pas. Je suis ensuite parti faire mon service militaire (12 mois et obligatoire à l’époque). C’est une autre histoire…

Voilà, un tour synthétique d’un métier de l’emballage que vous ne connaissiez probablement pas et que j’ai adoré…

N’hésitez pas à commenter ci-dessous.


Voir aussi : L’art du layetier – BNF – Gallica

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