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Blockchain, Cryptos & Web3

Cryptos, liberté et souveraineté ?

1ère partie

De nombreuses voix en Afrique (et d’autres régions du globe aussi bien sûr) poussent ou vantent les actifs numériques, Bitcoin en particulier, comme moyens pour restaurer liberté et souveraineté pour les pays et populations du continent…

2ème partie (FREN)

La réalité de ce nouveau paradigme techno-socio-économique résiste-t-il à l’analyse ?

Je ne veux froisser personne et donc je ne citerai personne en particulier, ils se reconnaitront probablement, si d’aventure ils en viennent à lire ce billet…
D’autant que ces AfroCryptoShills sont d’une extrême sensibilité face à tout débat ou réflexions critiques sur leurs idées. Soyons clairs, beaucoup d’entre eux sont payés comme influenceurs pour instiller ces pensées ésotériques dans l’esprit de leurs “followers”, afin de les transformer en pigeons. D’autres ont monté des “entreprises” pour directement traire le maximum de vaches à lait et autres crédules.

Dans l’absolu, je ne conteste aucunement les bases de leurs prises de position : oui, la gouvernance en Afrique est un abysse de néant, dont les origines sont lointaines, de l’esclavage à la colonisation, en passant plus récemment par le néo-colonialisme qui a suivi les accords de Bretton Woods.

Oui encore, le système monétaire et financier mondial marche sur la tête, et induit des monnaies souvent incontrôlables et en perte de combativité sur les marchés.
Et oui enfin, l’exploitation de l’Afrique pour ses seules matières premières brutes, minéraux en tous genres, mais aussi coton, huile de palme ou cacao pour ne citer que ceux-là, ne permet pas la création de valeur ajoutée ou d’emplois locaux, par la transformation, industrielle ou non, et induit la croissance permanente des inégalités.

Donc, sur ces points, même si je n’ai pas de réponse a priori, je suis 100% sur la même longueur d’onde.

La question globale est : comment permettre que les pays du continent retrouvent de vraies liberté et souveraineté, tant économiques que politiques, dans un modèle démocratique où les peuples puissent représenter plus que de la main d’œuvre bon marché ou de la chair à canon ?

Il y a tellement de barrières à faire tomber : capitalisme forcené, racisme débridé, religions dévoyées, tribalisme non assumé… chaque stigmate de ces avanies alimentant les autres dans une boucle infernale et infinie… Il y a énormément de travail en perspective, avant de pouvoir trouver un équilibre dans ce monde, qui en parallèle devient de plus en plus fou (sans même parler de la crise climatique…).

Et donc nos amis AfroCryptoShills et autres agitateurs professionnels ont trouvé (soyons clairs on leur a vendu contre monnaie sonnante et trébuchante, éventuellement en roubles, mais tout passe…), l’idée des actifs numériques comme LA solution ultime pour libérer l’Afrique de ses multiples jougs et enfin atteindre le paradis, le nirvana, tant convoité.

Sauf qu’ils ont tous oublié de bien faire leurs recherches (suivant le fameux slogan DYOR – Do Your Own Research) et se sont retrouvés embarquer dans un bateau où les capitaines ont leurs propres idées derrière la tête…


Certains diront que c’est trop facile d’écrire ce billet aujourd’hui, alors que le marché des “cryptomonnaies” est en plein marasme, que les prix et les plateformes s’effondrent dangereusement malgré les tentatives désespérées de quelques manipulateurs de marché de sauver les meubles (enfin les leurs seulement, les petits “investisseurs” eux seront liquidés par tous les moyens possibles et imaginables…). C’est mal me connaitre et surtout ne pas suivre mes commentaires et prises de position depuis 2021 au moins, sur ce blog, Twitter ou LinkedIn.

J’observe avec intérêt ce qui était prévisible : la lente et douloureuse agonie d’un “colosse” (si l’on se souvient de tous les calculs de “market cap” qui ne veulent rien dire), aux pieds d’argile.
Si quelqu’un ose prétendre que personne n’avait prévenu que le casino risquait de s’effondrer et que les aigrefins en chef partiraient avec la banque…


Pour simplifier, Bitcoin a été conçu à l’origine comme réaction à la crise des subprimes en 2008, avec des racines un peu anarchistes et cypherpunk. Mais très rapidement, l’idée a évolué vers de l’anarcho-capitalisme, branche du libertarianisme qui ne vit que pour la réduction de l’état au strict minimum vital et la liberté individuelle sans aucune limite, ni aucun frein (dont taxes et impôts, bien sûr !).

Ne pas confondre libéralisme (responsabilité individuelle) et libertarianisme (liberté naturelle) !

En fait, l’idée de solutions monétaires alternatives, et les technologies associées comme la blockchain, ensemble ou séparément, existent depuis fort longtemps. Ce ne sont pas en tant que tel des “innovations” ni des “révolutions” et surtout elles ne résolvent aucun problème du monde réel. Mais les ingénieurs adorent réinventer la roue, même s’ils n’ont aucun idée de ce à quoi elle sert…

La seul réussite de Satoshi, c’est qu’il est parvenu à assembler le tout avec un système de validation/sécurisation reposant sur la consommation d’énergie (le fameux consensus PoW – Proof of Work), qui malheureusement a pour effet secondaire non négligeable d’accélérer la crise climatique.

Lui qui pensait créer une “monnaie” n’a réussi qu’à créer un jeton sans valeur, mais dont de petits malins (escrocs, grifters, scammers comme vous voulez) ont compris tout l’intérêt rapidement, tant sur le plan économique (comment amasser des fortunes sur le dos du public, par un savant mélange de pyramide de ponzi et de MLM) que politico-financier (comment donner des coups de boutoirs aux monnaies fiduciaires et de réserve, pour faire s’écrouler les états et prendre le pouvoir, au besoin dans le sang et les larmes). Tout ça peut sembler très américain, mais cela a déjà des répercussions partout.

Et c’est ainsi que les discours autour de Bitcoin, et de tous les autres actifs numériques, sont passés de “c’est la monnaie du futur” à “c’est une réserve de valeur” à “c’est un moyen de lutter contre l’inflation” et que sais-je encore… Car, en fait, il n’y a rien derrière, aucune valeur d’usage, aucune génération de flux de trésorerie (intérêts), rien… Juste un grand casino, où la banque a en plus truqué toutes les tables et toutes les machines…

“Vous vendez qqchose qui n’a aucune valeur.”
“Nous vendons à des acheteurs qui le veulent au juste prix du marché.”

Je ne vais pas rentrer ici dans tous les détails historiques sur Ethereum, les memecoins/shitcoins et autres stablecoins, ni sur DeFi, les NFTs, Web3 etc. Les “concepts” derrière sont les mêmes : faire tenir le plus longtemps possible une énorme pièce montée pleine de vide, pour permettre de plumer un maximum de petits investisseurs crédules (greater fools), quitte à employer les moyens les plus vils.

Consultez ma traduction en français ici.

Et on voit très bien le schéma global depuis quelques semaines suite à l’effondrement de Terra/Luna, les problèmes de Celsius et Coinbase etc. C’est un château de cartes branlant et lorsque l’une des bases vacille puis tombe, les autres suivent immanquablement, car tout est dans tout et inversement.


Afrique, liberté et souveraineté crypto

Revenons-en à l’Afrique, ses liberté et souveraineté promises grâce aux actifs numériques.

Dépassons le complexe de “sauveur blanc” de nombreux petits porteurs de projets et autres ONG dans le monde crypto sur le continent, pour bien comprendre que le positionnement des VCs, gros investisseurs (whales) et autres influenceurs est tout sauf désintéressé, pas seulement sur le plan économique, mais bien sur la manière de contrôler le monde, en séparant “ceux qui possèdent” et “ceux qui les servent”.

Exemple 1 : Andreessen, patron du VC a16z expliquant que l’anti-colonialisme a été une catastrophe économique pour l’Inde.

Anti-colonialims has been economically catastrophic...
Le patron de a16z vs anti-colonialisme

Exemple 2 : Hoskinson, cofondateur d’Ethereum, qui pousse l’identification des personnes sur blockchain en Ethiopie, en mode crypto-colonial.

Autre exemple : WorldCoin un pur produit technologique au service de l’impérialisme prédateur le plus flagrant (au même titre que Free Basics, le “Facebook” gratuit disponible partout en Afrique et rejeté en Inde, qui vise fondamentalement à prendre le contrôle de la société civile numérique pour y instiller ses poisons).

Si vous ne voyez pas encore où ces gens veulent en venir, le billet suivant traitera de crypto-colonialisme, de libertarianisme appliqué aux pays en développement et de son corollaire, le néo-féodalisme ou néo-esclavagisme…
Bien loin des rêves de liberté et souveraineté envisagées, n’est-ce pas ?

A suivre !

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