the pink panther - alcool

Alcool, couple, dépression et rock ‘n’ roll…

Elle, l’alcool et la dépression

Alcool… Elle avait promis qu’elle arrêterait. Elle avait juré qu’Elle allait arrêter, qu’Elle avait arrêté. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent…

Et il était à nouveau en train de fouiller la maison, pour trouver où Elle cachait sa dernière bouteille. Encore une fois… Elle refusait de prendre à bras le corps la dépression qui la rongeait petit à petit depuis un certain temps déjà, la rejetant d’un haussement d’épaules ou d’une bordée d’injures, selon les jours, selon son état. Ses crises d’angoisse, ses anxiétés la reprenaient à la nuit tombée, et selon qu’Elle avait déjà beaucoup bu ou le moment de la journée où Elle avait commencé, l’enfer s’ouvrait plus ou moins vite… Elle passait ainsi d’une litanie de hurlements, de menaces et d’insultes diverses, en direction de tous ceux qui lui « voulaient du mal », entre délire de persécution et paranoïa aigüe, au comportement d’une enfant de 5 ans, terrorisée à la vue du moindre insecte ou lézard et refusant de descendre du lit ou de se rendre seule aux toilettes…


La souffrance morale (tristesse intense, culpabilité, pessimisme, perte d’intérêt, etc.) dont le dépressif est victime peut encourager la consommation d’alcool.

Cela durait depuis 2 bonnes années maintenant. Au début, les crises étaient aléatoirement espacées dans le temps, selon l’état psychique du moment et le contenu de son estomac. Surtout elle avait commencé à faire des mélanges. En plus de la bière, boisson de base au pays, elle avait ajouté les alcools forts locaux. Elle avait réussi à oublier ce poison, qui la rendait vraiment malade et la faisait dormir des heures, comatant là où elle se trouvait, le plus souvent couchée sur le carrelage du séjour, pour profiter de sa « fraicheur », disait-elle. Mais, la bière ne devant pas être suffisante pour calmer son désarroi, elle avait commencé à consommer du Gin, en quantité… Les grandes bouteilles remplacèrent bientôt les petites, qui avaient elles-mêmes remplacé les doses… Et pas question de garder en réserve une bouteille de Rhum brun et fruité pour la pâtisserie. Le niveau en baissait régulièrement, sans gâteau en vue, et finalement tout finissait par disparaître…

L’abus d’alcool augmente les effets de la dépression, ainsi que l’impulsivité et l’agressivité.

Six mois plus tôt, juste avant de déménager, Elle lui avait vraiment fait peur. Après un épisode incontrôlable, pendant lequel Elle avait peut-être aussi consommé des médicaments ou des plantes médicinales, Elle était restée trois jours dans une sorte de catatonie, pouvant à peine tenir debout, bouger et s’exprimer. Il avait appelé de l’aide au bout de quelques heures, surtout lorsqu’Elle avait commencé à le prendre pour sa fille, puis son défunt père…

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Heureusement le déménagement avait permis de calmer le jeu temporairement. Probablement aussi la peur rétrospective de ce qui venait de lui arriver. Elle était redevenue la personne aimante et attentionnée, drôle et avenante, intelligente et énergique qu’il avait rencontrée. Changement d’herbage réjouit les veaux, dit-on.

Mais ce fut de courte durée. Dès que l’émerveillement de la nouveauté s’en fut allé, que la mise en place fut terminée, qu’il avait fallu reprendre le train-train quotidien, les phases de crise, et les bouteilles de Gin, réapparurent. Ensuite, les montées et les descentes s’intensifièrent, revenant plus régulièrement, plus proches les unes des autres, jusqu’à ne faire plus qu’une unique plainte permanente, un long cri de désespoir profond, épuisant par sa monotonie. Il était maintenant plus facile de compter les courtes périodes d’accalmie que le reste… Et les nuits étaient un chaos sans fin…

En tant qu’ancien coach de vie, il savait en fait parfaitement où Elle en était, mais ne pouvait pas l’aider réellement, du fait de leur proximité affective. Lui-même ne buvait plus depuis plus de 30 ans, et avait vécu récemment un long épisode dépressif, dont il était désormais sorti. Malheureusement, Elle combinait les 2 aspects, avec des conséquences prévisibles. Mais Elle refusait de consulter. Il connaissait l’origine de ses angoisses. Mais il était hors de question pour Elle d’en parler à un professionnel, voire un prêtre, et de tenter de les prendre en compte de quelque manière que ce soit. Tout ça n’était qu’une vaste blague, Elle allait très bien merci et était maitresse de son destin. A d’autres moments, cela ne pouvait être qu’un vaste complot monté contre Elle par son médecin, son frère, son époux, la vendeuse de pain… variable selon les jours, l’heure ou le niveau restant dans la bouteille.

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Il gérait le naufrage du couple comme il pouvait, étant de plus en plus souvent dépassé par les événements, tentant d’avancer bon gré mal gré. Ils s’étaient mariés officiellement moins d’un an plus tôt… Mais ses démons à Elle étaient plus forts, pour l’instant. La femme avec qui il vivait n’était plus la même, plus celle qu’il avait rencontrée, plus celle avec qui il avait commencé à vivre, plus celle qu’il avait épousée.

L’alcool trouble et altère le jugement.

Lui et l’alcool

L’alcool, il avait bien connu, mais pendant un laps de temps assez court, 2 ans au grand maximum en fait. En pleine adolescence, à la suite d’un énième déménagement, dont ses parents étaient coutumiers pour des raisons professionnelles, il s’était retrouvé coupé de ses amis de collège, dans une grande ville impersonnelle. Il avait dû tout recommencer : tisser des liens, comprendre son environnement, s’y adapter. Aussi pendant les fêtes organisées par les amis de sa classe de lycée, il avait commencé à boire un peu, pour être à l’aise, dans l’ambiance.

Après le Bac, quand tout le monde avait suivi son propre chemin, qui école vétérinaire ou de médecine, qui prépa aux grandes écoles… il s’était retrouvé tout seul, ayant choisi une voie singulière…

Il les retrouvait par petits groupes, et se joignait à eux pendant leurs soirées de « décompression ». Et là, pour pallier sa solitude et son manque relationnel, il avait vraiment mis son nez dans l’alcool. Quelques mois plus tôt, pendant un séjour de fin d’études sur les côtes américaines, il avait découvert un mélange qui lui plaisait bien : un grand verre, de la glace, du Martini Rosso et du Martini Bianco, sec ou non, à parts égales. Bien frais, la combinaison des deux passait dans la gorge sans souci…

Assez vite, il était passé de quelques verres de ce breuvage, à une bouteille de chaque par soirée. L’effet euphorisant passé, lorsqu’il entamait la descente, il perdait pied et tout contact avec la réalité. La violence auto-destructrice qu’il réussissait à maîtriser en temps normal, n’était plus contenue. Comme celui à qui il vouait une haine sans limite était au sein de lui-même, désinhibé par l’alcool, il pouvait lui faire du mal. Ainsi commençait la lutte avec son double malfaisant, tapant du poing et de la tête contre les murs, toute fureur lâchée. Il se réveillait le lendemain, bouche pâteuse, mains et front en sang, sans souvenir réel de ce qui avait eu lieu. Jusqu’à la prochaine fois…

alcool - dépression

L’épisode qui mit fin à tout cela eut lieu quelques mois plus tard. Après être monté sur le rebord de la fenêtre, au quatrième étage d’un immeuble Haussmannien, puis, pour se libérer de ceux qui voulaient le protéger, avoir traversé 2 portes en bois à coups de poings et démonté une armoire à coups de tête, les forces de l’ordre avaient été obligées de lui injecter un calmant, une dose à assommer un cheval. Le mélange avec l’alcool lui avait fait faire un trip d’une dizaine de jours, où il avait eu l’impression de flotter au-dessus du sol et d’avoir la tête dans un sac de coton hydrophile, filtrant la lumière et les sons. Il s’était promis ensuite de ne plus toucher à une boisson alcoolisée, pour ne pas revivre ce cauchemar. Il avait eu la peur de sa vie…

Lui et la dépression

Dépression… Tout avait commencé par un burn-out. Ce moment où l’on ne supporte plus aucun engagement relationnel, et surtout professionnel… où devoir échanger avec vos clients, collègues ou partenaires vous laisse vidé, sans force, sans envie de rien. Puis lorsque le mal est profondément ancré, qu’il devient un manque d’aspiration au contact humain, à être productif ou constructif, il gagne la sphère familiale et tout ce qui l’entoure. L’incendie a tout réduit en cendres et il ne reste qu’un grand vide, une profonde dépression où l’on attend que la mort vienne vous libérer.

5 ans à trainer le long d’un sentier en pleine forêt dans un épais brouillard, par une nuit sans lune… La psychothérapeute l’avait aidé à faire le tri, à régler ses comptes avec son passé, ses parents et d’autres… Il avait trop donné personnellement, s’était trop investi émotionnellement dans tout ce qu’il faisait, sans avoir le retour qu’il espérait ou attendait. Et l’argent gagné dans son métier ne permettait pas de remplir le vide dans son cœur et dans son âme. Quels étaient ses choix maintenant ?

Lui et Elle

Pendant l’un de ses voyages, Elle et lui s’étaient rencontrés et connectés. Lui avait envie de partir depuis longtemps et s’installer ailleurs, pour changer de contexte et surtout disparaitre un peu plus dans la foule. Elle était seule depuis longtemps, sa fille commençait à voler de ses propres ailes… Ils se plaisaient, même avec ce qu’ils avaient vu de leurs différences et de leurs fêlures respectives. Pourquoi ne pas tenter de se rapprocher ?

Lors d’une de ses dernières séances de psychothérapie, il était apparu clairement qu’il n’avait plus que 2 possibilités face à lui : rester où il était et sauter dans un vide « vide », avec de potentielles conséquences insoupçonnables, ou tout liquider et partir le plus loin possible de son passé et de son environnement actuel, pour rejoindre une terra incognita et y retrouver son amour naissant. En quelque sorte, plonger dans un vide avec potentiel… Ainsi fut fait.

mariage - wedding rings

Bien sûr, il ne pouvait se douter que quelques mois plus tard, suite à de malencontreux événements et révélations dont nos vies sont remplies, Elle entamerait sa longue descente dans la dépression, démultipliée par l’abus d’alcool.

Mais il savait que si Elle réussissait à surmonter ses démons, si Elle décidait de lutter et d’affronter son passé, ses peurs et ses regrets, elle ressortirait plus forte et leur couple plus solide que jamais. Mais la route semblait longue et semée d’embûches pour l’instant. Car ce travail sur elle-même, Elle devait le faire seule, bien évidemment entourée d’affection et d’amour. Mais, cet objectif semblait pour l’instant bien éloigné…

Pourquoi avoir ajouté Rock ‘n’ Roll au titre ? Parce que la vie est comme ça ! Pour la majorité d’entre nous, ce n’est pas un long fleuve tranquille. C’est fait de « roulis et de tangage » permanents. Ca évolue tout le temps. Parfois c’est dur, tonitruant, déformé, Punk « No future! »… à d’autres moments plus calme ou plus sensuel. Mais pour les passionnés, il y a toujours des découvertes à faire…

Petit clin d’œil final : Sex & Drugs & Rock ‘n’ Roll – Ian Dury

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