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Fediverse ?

Je vous propose une courte introduction sur le Fediverse ou « Federated Social Networking » (réseaux sociaux fédérés).
J’ai déjà évoqué le sujet rapidement, lors de ma discussion sur le développement du digital en Afrique.

Fediverse logo
Le logo Fediverse

Le terme “Fediverse” est régulièrement présent, ou juste induit parfois, dans diverses publications liées à la technologie, dès lors que l’on parle de décentralisation des réseaux sociaux (cf. par exemple cet article de Mike Masnick ou l’initiative Bluesky de Twitter).

Faire partie du Fediverse, c’est globalement mettre en avant l’approche fédérée et décentralisée, beaucoup plus importante que d’utiliser tel ou tel protocole, voire plateforme technologique.

Voir le cours libre : Introduction au Fediverse, l’univers des médias sociaux libres, décentralisés

Ajouté le 5/10/21

Que signifie Fediverse réellement ? Créer à partir des termes « fédération » et « univers » (en anglais), c’est un mot-valise pour désigner un ensemble de réseaux sociaux différents qui sont « fédérés », c’est-à-dire dont les serveurs, ou instances, sont interconnectés, créant de ce fait un écosystème ouvert. Ils utilisent majoritairement un protocole décentralisé en open source (logiciel libre) nommé ActivityPub, qui a complété le standard ouvert de microblogging OStatus.

ActivityPub a été développé par le groupe de travail Social Web Working Group (SWWG), entre 2014 et 2018, et est devenu une recommandation du W3C, qui gère actuellement ce protocole.

Les différents services disponibles pour les nœuds de ces instances sont hétérogènes, microblog, blog, vidéo, image, articles de recherche, code logiciel, mais utilisent des protocoles d’échanges communs pour communiquer entre eux, « se fédérer », ou des ponts entre différents protocoles de façon transparente pour l’utilisateur. La volonté étant de fournir une alternative ouverte et résiliente aux réseaux sociaux captifs, propriété d’une unique entité.

Wikipedia

Il convient de noter par exemple, qu’un utilisateur reste propriétaire de toutes ses données, qu’il peut les exporter en totalité et ainsi migrer vers une autre instance de l’écosystème.
Dans un autre contexte, le monde de la finance, l’OpenBanking propose en quelque sorte une démarche assez proche…

En janvier 2021, une étude de l’écosystème social décentralisé a été publiée via Twitter & Matrix.

Plateformes de référence du Fediverse

Les offres autour d’ActivityPub sont nombreuses, mais celle qui est la plus active est sans nul doute Mastodon, dont le point d’entrée est sur le site Join Mastodon.

Mastodon

Fluffy Mastodon logo
Fluffy Mastodon logo by 0xRavenBlack

Mastodon, créé par Eugen « Gargron » Rochko, est le réseau le plus populaire et a une interface très similaire à celle de Twitter. En revanche, c’est :

…un réseau de communautés opérées par de multiples organisations ou personnes qui propose une solution « social media » fluide et transparente.

Les divers serveurs Mastodon, nommés « instances » répondent à des thèmes ou communautés différentes. Par exemple, stereodon.social est une instance italienne orientée « musique underground », alors que mstdn.social n’a pas de thème particulier, même si les utilisateurs semblent bien aimer les chats…

Remarque : je suis à l’adresse @cybeardjm@mstdn.social et je respecte la tradition de partager des chats pour Caturday

Mastodon

Le concept d’instances peut sembler déroutant. Mais on peut le rapprocher du principe de l’email. Des utilisateurs de plateformes email différentes, comme Gmail ou Microsoft Outlook ou d’autres, y compris messageries d’entreprise, peuvent malgré tout s’adresser des messages, bien qu’étant chez des fournisseurs différents. En effet, les protocoles comme SMTP ou POP sont standardisés et accessibles à tous, et le système d’adressage d’Internet permet de router les emails d’un point à un autre, d’un émetteur vers le(s) bon(s) destinataire(s).
Mastodon fonctionne un peu sur le même principe.

Sous-titres multilingues (dont FR)

Comme Twitter (birdsite, voire birdshite pour les autochtones), Mastodon est donc une plateforme de microblogging. Les billets courts, dont la taille varie selon les instances, sont des « toots » (ou « Pouets » en français), similaires aux tweets. Mais comme les serveurs Mastodon sont tous interconnectés, les utilisateurs peuvent interagir au travers des multiples instances et ainsi adresser, commenter ou répondre à un message, même si le destinataire n’est pas sur le même site.
L’équivalent de « retweeter » sur Mastodon se nomme « booster » (« Partager » en français). Et là encore, du fait de l’aspect « fédération », une personne qui booste un toot le rend visible à tous ceux qui la suivent (ses followers), au travers de différentes instances.

Enfin, Mastodon prend la vie privée de ses utilisateurs très au sérieux. Un toot peut avoir 4 niveaux de visibilité : public, que tout le monde peut voir, non listé, qui n’apparaitra pas dans les fils (timeline ou TL) publics, réservé aux abonné(e)s, ou tout simplement privé, visible par les seuls personnes mentionnées.

mastodon - vie privée

Un autre aspect important dans la création d’un toot dans cet environnement social est l’option « CW » pour Content Warning (avertissement de contenu). Ainsi, si le toot peut contenir des informations considérées comme « sensibles » pour certains publics, politique, violence, sexualité, voire contact visuel ou santé mentale (abrégé en « mh » pour mental health), cette option permet d’afficher un avertissement en lieu et place du contenu et il conviendra de cliquer sur un bouton pour tout afficher.
De la même manière, les images et autres médias peuvent être marqués comme sensibles, après leur chargement, ce qui permettra de les flouter automatiquement dans la timeline. Les utilisateurs pourront choisir d’afficher ou non, évitant ainsi qu’un contenu potentiellement perturbant pour certains ne soit visible. Cette option protège bien plus qu’un simple avertissement, comme on pourrait le faire avec un hashtag comme « NSFW » (Not Safe For Work).

Il convient de rappeler que l’esprit communautaire derrière Mastodon vise l’ouverture pour tous, et est donc très ferme quant à toute manifestation hostile envers des individus ou groupes (LGBTQI+ par exemple).
Dans le même esprit, une instance présentant des contenus problématiques, comme ce fut le cas pour certaines consacrées aux néo-nazis ou suprémacistes blancs, peut être « dé-fédérée » par les administrateurs des autres instances, et donc déconnectée de l’espace global d’interactivité.

Les instances sont en général très claires quant aux contenus autorisés ou non sur leur site, lors de la création du compte, afin d’éliminer tout risque de confusion.

Mastodon inclusion
Mastodon et l’inclusion

Mastodon et d’autres plateformes du Fediverse proposent également 2 affichages complémentaires, en plus du fil généré par les personnes suivies :
– le fil public local, qui affiche tous les contenus de l’instance où l’on a son propre compte,
– le fil public global (federated timeline), qui présente tous les contenus publics des instances associées et donc accessibles par tous (sauf dans le cas de celles qui ont été dé-fédérées, bien sûr).

Mastodon Paper Toy
via @Poudingue@mastodon.social

Des applications pour accéder à Mastodon ont été développées pour mobiles Android ou Apple iOS, et pour d’autres environnements.

Voir aussi : pour trouver des personnes à suivre, vous pouvez consulter la base Trunk, en langue anglaise pour l’instant, classée par thématiques ou centres d’intérêt.

Pixelfed

Pixelfed in the Fediverse
Stats au 13/9/2021 (update)

Pixelfed est une autre plateforme intéressante du Fediverse. C’est une version open source et fédérée d’Instagram. L’usage premier y est donc le partage de photos, images et vidéos. Comme dans le cas de Mastodon, il existe de nombreuses différentes instances, proposant des thèmes ou langues différents, avec un plus ou moins grand nombre d’utilisateurs inscrits.

PixelFed a une application Android non officielle (à ce jour) : PixelDroid.

Comme toute application du Fediverse reposant sur ActivityPub, PixelFed est accessible via d’autres plateformes ActivityPub et l’on peut donc suivre les comptes existants, bien que ces applications soient différentes.

Pixelfed a beaucoup en commun avec Instagram : un fil à parcourir, la possibilité de « liker » et commenter les publications… Il est également possible de suivre des hashtags directement.
En revanche, une grosse différence est la possibilité de partager les publications des autres.
Il n’y a bien sûr pas de publicité…

Tout comme sur Mastodon, certains comptes Pixelfed partagent du contenu « pour adultes ». C’est une des raisons de l’existence du floutage ou des alertes de contenu (CW)…

PeerTube

Join PeerTube in the Fediverse

PeerTube est une version fédérée et open source de YouTube. Comme pour les autres plateformes ci-dessus, il existe de nombreuses instances différentes, avec des contenus très variés.

Tout comme avec YouTube, il est possible de créer des chaines et des playlists, et de s’abonner aux contenus des autres utilisateurs.
En tant une plateforme fédérée, il est bien sûr possible de visionner des vidéos présentes sur une autre instance, sans avoir à s’y inscrire.

Quelques exemples : peertube.tv, peertube.co.uk, peertube.debian.social

Bien évidemment, suivre un compte PeerTube depuis une autre plateforme du Fediverse est l’un des atouts de cet environnement.

Le fait que PeerTube ne diffuse aucune publicité peut être un attrait majeur pour nombre de créateurs et il conviendra de suivre à l’avenir la croissance de cette solution de diffusion de médias.

Autres plateformes du Fediverse

Social Networking - Mastodon in the Fediverse

Au-delà de celles citées ci-dessus, il existe de nombreuses autres plateformes au sein du Fediverse. Chacune a ses particularités, fonctionnalités, communautés, voire excentricités…

  • Friendica – https://friendi.ca (voir aussi Diaspora, Hubzilla, Pleroma…) – microblogging dans l’esprit « Facebook »

Plein d’autres ici ou ici

Pour vraiment se rendre compte de l’éventail de possibilités et choisir sa solution préférée pour rejoindre le Fediverse, le mieux est de faire ses propres recherches et de tester…

PS : il existe de plus en plus de solutions open source, ou tout du moins des alternatives plus éthiques et conscientes de l’importance de la vie privée de leurs utilisateurs, pour remplacer les produits des GAFAM et autres sociétés presque monopolistiques. Vous pouvez trouver une liste, en anglais sur le site switching.software.

WordPress dans le Fediverse…

Une solution vraiment intéressante pour tous les blogueurs sous WordPress : la possibilité d’intégrer dans le Fediverse son propre blog par l’ajout d’une extension ActivityPub, et quelques compléments éventuels.

Ainsi, chaque billet publié dans WordPress est automatiquement transmis par le protocole et accessible depuis les différentes plateformes, comme Mastodon. Les utilisateurs peuvent alors s’abonner, booster (partager), commenter etc. Le blog devient ainsi un acteur à part entière du Fediverse.

Je l’ai fait moi-même sur ce blog et aussi pour l’African Music Forum, comme vous pouvez le constater ci-dessous (2ème et 3ème adresses) :

Mastodon ActivityPub WordPress Fediverse

Si vous êtes sur une instance, lancez une recherche sur « cybeardjm » pour les trouver et les suivre…

Des commentaires, des questions, des remarques, des imprécisions à corriger ? N’hésitez pas à m’en faire part ci-dessous ou sur Mastodon !


Libre adaptation de l’article « What is the Fediverse » par Eric Pudalov.

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Monnaie et devises

Avec l’arrivée de Bitcoin et des autres « cryptomonnaies » (cryptocurrencies en anglais), dont même la dénomination est si opposée aux réalités fondamentales de ce que sont vraiment les monnaies et devises, il convient de remettre les pendules à l’heure et d’appeler un chat, un chat.

Avertissement (disclaimer)
Je ne prétends pas tout savoir, ni que les définitions présentées sont exemptes de potentiels défauts, et encore moins exhaustives. L’objectif assumé est d’être didactique : j’ai donc lu de multiples sources, tant en anglais qu’en français, et j’ai synthétisé ce qui me paraissait le plus pertinent.
Je tente ici de définir des concepts-clés utilisés régulièrement dans l’écosystème blockchain/crypto, mais dont le sens est, à mon humble avis, au minimum inconnu de la plupart des consommateurs, voire parfois détourné de la signification originale pour répondre à certains besoins spécifiques de communication ou de désinformation.

Dictionnaire Crypto & Web3 – retour à l’index

Monnaie et devises

Banque centrale (Central Bank)

Une institution financière qui gère la distribution monétaire et les devises d’un état-nation.

Les banques centrales ont en général pour mandat principal de contrôler le marché de l’emploi domestique et de maintenir la stabilité de la monnaie nationale.

Les réseaux de paiement internes et externes à un pays répondent aux propriétés de l’effet de réseau autour d’une banque centrale : les réseaux bancaires et interbancaires sont interconnectés, pour permettre, en accord avec la banque centrale, la mise à disposition d’une monnaie et la compensation des dettes en titres ou devises.

étoile - effet réseau

Ce type de configuration est une « étoile hybride », centralisée autour de la banque centrale. C’est l’organisation qui régit nos systèmes financiers actuels.

Devise (Currency)

Une devise est une représentation physique (pièces, billets) ou numérique d’une monnaie : le dollar ou l’euro par exemple.

Au sens strict, une devise est une unité monétaire acceptée par un pays étranger, tandis que la « monnaie » est celle de son propre pays.

Wikipedia

Qualités

Une devise, pour être cohérente avec la monnaie qui la sous-tend, doit répondre à des critères définis :

  • Acceptation large
  • Approvisionnement limité
  • Divisibilité
  • Durabilité
  • Portabilité
  • Uniformité

L’efficacité d’une devise en tant que monnaie réside en partie sur l’effet de réseau présenté ci-dessus : cela permet de garantir son acceptation large.

Une autre qualité importante est évidemment sa relative stabilité ou absence de volatilité.

Exemple : le dollar américain

Le dollar américain (USD) est la devise des Etats-Unis et sert également de monnaie de réserve pour le commerce international. C’est l’exemple-type de la monnaie fiduciaire contemporaine.
Bien que cette monnaie ne soit adossée à aucun actif, son efficacité comme devise est mesurée en termes de portabilité monétaire, de volume géré par les banques sur la planète et du montant de dette privée libellé dans cette unité de compte.

Ceci démontre effectivement l’étendue des capacités d’une devise qui répond à ses objectifs primordiaux : être une technologie financière et sociale capable de fournir des moyens d’échange sûrs et stables pour assurer la croissance économique.

Exemple : l’euro

L’euro (€) est la monnaie unique utilisée dans la zone euro, union économique et monétaire, formée au sein de l’Union européenne. Elle est aujourd’hui commune à dix-neuf Etats membres de l’Union européenne et quatre micro-Etats. D’autres devises lui sont directement liées, majoritairement avec des taux de change fixes ou garantis : couronne danoise ou lev bulgare, franc suisse, franc CFA, franc Pacifique etc.

L’euro est la deuxième monnaie de réserve dans le monde (21% en 2021), derrière le dollar américain (60% en 2021).

L’euro existe aussi sous forme dématérialisée, via des réserves détenues par les banques auprès de l’Eurosystème. C’est donc un instrument de paiement émis par la BCE, non encore disponible pour les résidents de la zone européenne.

Etalon-Or (Gold standard)

Système monétaire, abandonné après la dépression des années 1930, où une devise est basée sur une matière première telle qu’un métal précieux.

Cette approche est partie intégrante de la théorie de « monnaie saine » de l’Ecole autrichienne (d’économie).

Très peu d’économistes considèrent que l’Etalon-Or est un bon modèle pour gérer une monnaie, car l’histoire a plusieurs fois démontré les défauts de ce système, par rapport au modèle de monnaie fiduciaire actuel.

Les critiques les plus courantes sont les suivantes :

  • Distribution inégale des ressources en or sur la planète. Certains pays ou groupes accèdent à une valeur importante, totalement déconnectée de toute activité économique et ne reposant que sur leur situation géographique.
  • Limitation de la croissance économique, car l’approvisionnement est lui-même limité.
  • Impossibilité d’intervenir sur les marchés en cas de récession économique.
  • Volatilité court-terme des prix de marché.
  • Les devises déflationnistes encouragent la conservation de valeur et punissent de ce fait les débiteurs.
  • La production et le minage de l’or ne sont pas prévisibles sur le long terme.
  • Un choc dans une région économique se propage à d’autres régions, comme l’effet Grande Dépression et Seconde Guerre mondiale.

Monnaie (Money)

Une monnaie est tout élément ou enregistrement vérifiable, accepté pour le paiement de biens ou services, pour rembourser une dette et payer des obligations légales, telles que les taxes, dans un espace juridique donné.

La monnaie est définie par Aristote (384-322 av. J.-C.) par trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et intermédiaire d’échanges.
A la période contemporaine, cette définition ancienne persiste mais doit être amendée, entre autres par la suppression de toute référence à des matières précieuses, la dématérialisation progressive des supports monétaires et les aspects légaux de l’usage de la monnaie.

Wikipedia

Les monnaies sont aujourd’hui créées et gérées par de multiples banques centrales sur la planète.

Chaque pays, voire ensemble de pays (Zone Euro, UEMOA avec le Franc CFA etc.) a une monnaie officielle sur son territoire déclinée en moyens de paiement ayant cours légal.

« Monnaie » est le terme de référence à l’intérieur du pays où elle est utilisée. Elle est nommée « devise » pour son utilisation à l’extérieur des frontières d’origine.

Une monnaie est en fait une technologie sociale : son efficacité repose sur son acceptation universelle dans une région économique donnée, dont la cohérence dépend de 3 propriétés :

  • Moyen d’échange (Medium of Exchange) – La capacité d’un élément de permettre les échanges entre un acheteur et un vendeur, du fait qu’il est largement accepté comme moyen de paiement pour des biens et services.
  • Unité de compte (Unit of Account) – La capacité d’un élément, ou d’une subdivision de celui-ci, à fonctionner comme une unité monétaire numérique (numéraire) et comme une mesure universelle sur un marché, pour tout bien, service ou toute autre transaction.
  • Réserve de valeur (Store of Value) – La capacité d’un élément à conserver son pouvoir d’achat dans le futur et à être stocké sur de longues périodes, du fait de (très) faibles variations de sa valeur marchande.

Monnaie de réserve (Reserve Currency)

C’est une devise conservée par les banques centrales pour constituer des réserves de change. Elle est utilisée pour faciliter les transactions internationales entre nations-états.

Au fil de l’histoire, les réserves mondiales de change se sont basées sur :

Voir aussi le thaler.

Le dollar américain et l’euro sont les principales réserves de change actuellement.

Monnaie fiduciaire (Fiat Money)

Latin : fiducia = confiance – fiat = que ce soit, qu’il soit fait.
En langue anglaise, le mot « fiat » s’utilise aussi pour signifier un ordre, un décret, une autorisation ou le mandat d’un juge.

Même si ces termes existent et sont employés, ils sont aujourd’hui totalement synonymes de « monnaie », représentée par les pièces et billets de banque utilisés au quotidien.

Dans le système monétaire contemporain, une monnaie est issue par un état via une banque centrale, sans qu’elle soit adossée à une matière première (commodity), tels que des métaux précieux, comme ce fut le cas dans le passé (cf. Etalon-Or – Gold Standard).

En pratique, la légitimité actuelle d’une monnaie ou devise nationale provient d’un contrat social national : tout d’abord l’autorité de la loi dans l’état-nation, et ensuite son utilité à répondre aux propriétés attendues d’une monnaie, dont la stabilité des prix et la capacité à assurer une croissance économique.

L’une des particularités, décriée par certains, d’une monnaie fiduciaire est que la réserve de monnaie est dynamique, qu’elle peut s’étendre ou se contracter, par de multiples mécanismes, tels que l’ajustement des conditions pour les banques commerciales, l’assouplissement quantitatif (quantitative easing – QE) ou la modification des taux d’intérêt. Ces opérations sont les principaux mécanismes qui permettent d’influer sur la stabilité des prix et la maîtrise de l’inflation.

Les choix économiques et monétaires contemporains reposent sur les concepts mis en avant par l’économiste anglais John Maynard Keynes au début du XXème siècle, qui ont largement influencé la Banque Centrale européenne et la Réserve Fédérale américaine, dans la période qui a suivi les accords de Bretton Woods de 1944.

Monnaie privée (Private Currency)

C’est une devise créée par une entité privée, et non par un état ou une banque centrale. Le principal problème des monnaies privées est la distribution : comment atteindre les primo-adoptants ? En particulier, s’il y a volonté présupposée d’équité, cette dernière repose sur des choix politiques et non économiques.

De nombreuses formes de monnaies privées sont en fait des certificats (scrip), conditionnels, voire provisoires, ou des billets à ordre, souscrits par une entité, donnant au détenteur un droit de paiement ou remboursement de fonds, à sa demande, sujet bien sûr à d’éventuelles restrictions.

Les monnaies privées ont une longue histoire dans de nombreux pays (cf. les assignats en France, qui peuvent aussi être considérés comme monnaie fiduciaire), et existent encore sous de multiples formes.

Lesueur - Paysan vendant ses assignats auprès d'un changeur
Musée Carnavalet – Un paysan vend ses assignats à un changeur
Public Domain, via Wikimedia Commons

Les Etats-Unis en particulier ont connu de 1837 à 1866 une époque où n’importe qui pouvait imprimer du papier-monnaie, la période Free Banking Era (EN), avec dans certains cas, des effets positifs, qui ont renforcé les institutions bancaires dans certains états, et dans d’autres, du « wildcat banking » (EN), littéralement des « banques sauvages, » qui a engendré nombre de faillites et escroqueries.

En savoir plus sur les monnaies privées : Wikipedia en français et Wikipedia en anglais, car les exemples passés et contemporains diffèrent.

De nombreux crypto-actifs tendent à se présenter comme des monnaies privées transnationales, soit par homonymie, soit dans leur positionnement imaginé, voire purement dans l’imaginaire des concepteurs et promoteurs…

Monnaie saine (Sound Money)

Concept « philosophique » développé par l’Ecole autrichienne (d’économie) au début du 20ème siècle qui décrit une devise idéalisée comme devant être adossée à une réserve fixe, finie et immuable d’une matière première (commodity), telle que l’or (cf. Etalon-Or – Gold Standard).
Cette vision « monétaire » a été remise au goût du jour dans le contexte de certains crypto-actifs, vus comme réserve adéquate.

L’approche « monnaie saine » est une idéologie désormais abandonnée dans les modèles économiques modernes.

Il convient de noter la forte aversion de l’Ecole autrichienne pour les mathématiques, et en particulier les statistiques.

On retrouve l’influence de l’Ecole autrichienne dans le libertarianisme, philosophie politique, majoritairement anglo-saxonne, très en vogue dans certains milieux internationaux.

Critique de l’Ecole autrichienne (EN)

Parité fixe (Currency Peg)

Les devises (monnaies) peuvent s’échanger sur la base d’un taux de change :

  • soit fixe, donc constant par rapport à une monnaie ou un panier de monnaies de référence, par décision de l’état émetteur ;
  • soit flottant et déterminé à chaque transaction en fonction de l’offre et de la demande sur les marchés de change.

Fixer la parité d’une monnaie/devise permet de stabiliser les échanges entre 2 pays ou plus, et de garantir l’impact financier des taux de change sur le long terme dans les relations commerciales.

Accord - monnaie et devises

Voir aussi : monnaie communautaire, monnaie complémentaire, monnaie locale…

Crypto-actifs = devises ?

Non, les crypto-actifs ne sont pas des monnaies/devises !

Clairement non et pour de multiples raisons tant techniques (nombre de transactions limité, frais élevés, volatilité du cours…) que légales (absence de valeur en tant qu’actif, aucune des propriétés nécessaires en tant que monnaie, hors du champ réglementaire…), même si les promoteurs de ces jetons veulent faire croire le contraire.

Je vous en dirai plus sur les crypto-actifs et je détaillerai leurs caractéristiques dans le prochain billet !

Or numérique (Digital Gold) ?

Non, Bitcoin ne peut être la base d’un nouvel Etalon-Or !

Un courant « néo-métalliste » déclare que le crypto-actif bitcoin peut opérer comme une nouvelle classe d’actifs, qui disposerait des mêmes propriétés que l’or, et donc qu’un nouveau standard équivalent à l’Etalon-Or peut être construit sur la base du bitcoin, pour créer les fondamentaux d’une nouvelle économie de marché.

Si l’on étudie de près le contexte, il apparaît clairement que :

  • bitcoin n’a pas de valeur d’usage (intrinsèque),
  • bitcoin n’est pas une réserve de valeur fiable sur le moyen ou long terme,
  • le prix de marché est extrêmement volatil,
  • le comportement du prix de marché de bitcoin est plus proche de celui des actions que de celui de l’or.

L’or a une histoire millénaire comme matière première et métal précieux utilisé comme réserve de valeur. C’est loin d’être le cas de bitcoin… D’autant que ce crypto-actif n’a pas non plus de valeur d’usage en tant qu’actif physique qui génère une forte demande.

De plus, les coûts de minage importants de bitcoin tendent plus à en faire un actif spéculatif à somme négative, qu’une réserve de valeur.

Et même si bitcoin pouvait fonctionner comme un « or numérique », les concepts de monnaie saine et d’Etalon-Or ont été largement abandonnés depuis le milieu du XXème siècle, voire discrédités, comme fondations d’une monnaie capable de résister à des chocs économiques violents et des spirales déflationnistes.

A suivre !

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