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Blockchain, Cryptos & Web3

Bitcoin au secours de l’Afrique ?

2ème partie

La folie ou manie des crypto-actifs me semble de plus en plus être le symptôme de la mort des rêves d’une grande partie de la population mondiale. Un avenir plus que sombre (pandémie, crise climatique, etc.), un chômage endémique dans de nombreux pays ou des emplois avec un salaire misérable, l’inflation partout, des inégalités de plus en plus flagrantes… Que reste-t-il pour trouver un peu d’espoir ?
Et c’est ainsi que pendant le dernier semestre de 2021 et que les prix s’envolaient vers leur plus haut, tous les journalistes ont relayé la bonne nouvelle : Bitcoin va sauver l’Afrique !

English version of this post

Lire la 1ère partie

Ou encore : la stabilité monétaire enfin retrouvée, l’inflation vaincue pour tous, grâce aux stablecoins !

Oui, on a bien vu le nombre de petits épargnants sur tous les continents qui ont tout perdu dans le crash de Terra/Luna

Et tout le monde s’y est mis ! L’Unicef, les Nations Unies, le World Economic Forum ou l’IFC avec ici, une accroche trompeuse dans son tweet (l’interview est beaucoup moins centrée sur ce sujet et n’est pas aussi affirmative) :

D’autres ont moins bien réagi : les banques centrales, le FMI… Car, même s’il y a beaucoup de choses à reprocher à ces organisations dans l’absolu, elles ne sont pas totalement aveugles ou (pas encore) achetées par les nombreux lobbies qui cherchent à valider la place des actifs numériques dans l’environnement économique, tout en souhaitant ardemment limiter les régulations les concernant.

Au-delà de l’effet de mode “Bitcoin va sauver l’Afrique”, quelle est concrètement la réalité socio-économique ? Un début de réponse dans la vidéo (EN) ci-dessous :

Does Bitcoin help developing countries? 01/2022 (en anglais)

Bitcoin, cryptos et Pauvreté

Comme indiqué dans l’introduction, de très nombreuses populations sur la planète font face à la vacuité de plus en plus évidente du monde contemporain et cherchent des solutions pour sortir de la pauvreté.

Les inégalités (comme elles existent par exemple en Afrique) ne sont pas qu’une simple perception, mais une vraie réalité lorsque l’on prend conscience du niveau des détournements de fonds potentiels à tous les niveaux.

L’effondrement de l’échelle sociale ne permet plus d’espérer véritablement se sauver soi-même par les moyens “classiques”, tels l’éducation ou l’emploi… Et pour beaucoup, il convient de trouver des raccourcis pour joindre les 2 bouts. Les actifs numériques comme Bitcoin sont un exemple emblématique de ce phénomène.

La “culture crypto” promet une richesse “instantanée” et sans effort, trop séduisante pour lui résister, même si au final c’est bien évidemment trop beau pour être vrai.

Si la pauvreté, c’est ne pas avoir beaucoup d’argent, c’est surtout ne pas avoir d’économies devant soi en cas de besoin. Plus l’on est pauvre, plus l’argent disponible est utilisé pour des transactions quotidiennes nécessaires.

Quel est alors l’intérêt pour quelqu’un qui n’a pas d’économies de mettre son argent dans un système économique virtuel qui n’est ni une monnaie, ni une “réserve de valeur” ?

Si vous avez un tout petit peu d’économies, normalement, vous allez tenter de les faire fructifier sans risque, d’où le succès par exemple des tontines, ou vous allez les utiliser pour répondre à des besoins importants, école, santé etc.

Pourquoi au lieu de cela, aller spéculer sur des marchés internationaux, face à des millionnaires ou milliardaires (beaucoup uniquement sur le papier) dont le but est la manipulation des cours à leur avantage ?

Mais il y a la pression des réseaux sociaux et de l’environnement pour “réussir” à tout prix (ou faire semblant), sans oublier le besoin d’être populaire ou visible aussi pour les plus jeunes.

Les actifs numériques attirent et font briller les yeux des naïfs, en particulier ceux qui sont naturellement hypnotisés par les moyens de gagner vite de l’argent et qui pensent que les chaînes de lettres ou de Ponzi, ou tout autre système financier clairement frauduleux sont des bonnes idées d’investissement.

Mais derrière chaque naïf(ve) aux yeux brillants de cupidité, se cachent des escrocs prêts à se jeter sur lui/elle (pensez brouteurs, Yahoo Boys ou 419ers qui sont déjà monnaie courante en Afrique de l’Ouest par exemple).


Le cœur même du système crypto est un outil “parfait” de manipulation des prix et de transfert de richesse des fous cupides vers une petite élite (oui, là encore!) qui amasse des fortunes. Mais les gens ordinaires n’en savent rien (ou ne veulent rien savoir), car l’attirance est trop forte et les promesses si belles.

Pour beaucoup, cela se réduit à jouer sans le savoir aux jeux de hasard, avec l’espoir d’amasser des revenus pour changer définitivement de quotidien …

Mais combien de ces gens ordinaires, souvent de jeunes hommes, mais pas la seule cible en Afrique, vont réellement réussir à décrocher cette fameuse autonomie financière dont ils rêvent tant et que les cryptomonnaies promettent de leur apporter par la voix des influenceu(r)(se)s omniprésent(e)s ?

Il ne faudrait pas pour autant condamner ces “investisseurs Bitcoin”, qui entrent dans ce grand casino sans régulation, où les stablecoins servent de jetons. Ce sont en fait des victimes, à la fois des forces socio-économiques et des fraudeurs.

Ces grands naïfs, ou grands fous, sont persuadés qu’ils pourront repartir avec leur argent. Mais comme ils ne font pas partie de l’élite crypto, le système entier va se liguer contre eux, et les transformer en liquidités contre leur gré (rug pull, blocage des retraits et transferts, “panne technique” limitant les fonctionnalités de la plateforme…) pour permettre aux fraudeurs, gros investisseurs et autres “baleines” (whales) d’augmenter leur trésor de guerre.

Crypto influenceurs et influenceuses

Intéressons-nous à ceux qui se démènent pour trouver les prochaines victimes sur le continent africain.

Ah oui, les stars du football en Afrique, ça peut marcher…

Les AfroCryptoShills

Faire la promotion d’une escroquerie en s’adressant aux pauvres et aux illettrés est une des tactiques de fraude les plus anciennes.
Quand on mélange technologie (le code, c’est la loi – code is law), finance micro et macro-économique, politique (“il faut se débarrasser des monnaies coloniales et de l’impérialisme du dollar américain”), voire mathématiques (graphes en chandelles), cela peut constituer pour un public ébahi un discours on ne peut plus cohérent.

J’imagine le travail préparatoire :

“Et si on leur présentait ce non-sens que personne n’a testé ?
Oui, c’est absolument parfait pour eux !”

“Et si on expérimentait cette théorie, en leur expliquant qu’on est là pour les sauver ?
Absolument, c’est génial !”

Si aux origines de l’explosion du marché des actifs numériques, que l’on peut situer à l’arrivée des memecoins grâce à Ethereum, puis à la mode DeFi supportée par les smart contracts, la majorité des acteurs visibles étaient de jeunes hommes (les “crypto bros“), il est intéressant de noter qu’on retrouve beaucoup de femmes dans les influenceurs africains. J’y reviendrai plus loin.

Même s’il y en a probablement partout sur le continent, je me suis surtout intéressé aux influenceurs d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, anglophones ou francophones, car ils me semblent être très actifs et plus visibles. Mais c’est peut-être un biais personnel.

Essayons de les classifier :

  • le “crypto-brouteur” : probablement un ancien escroc internet patenté qui a trouvé un filon moins fatiguant pour générer des rentrées financières. Il a su se reconvertir… Au besoin, il lancera un memecoin sur un thème bien farfelu, éventuellement à connotation religieuse.
  • le “crypto-technologue” : pour lui la blockchain et les cryptomonnaies sont l’avenir du monde. Il sait tout, comprend tout et vit dans sa bulle où Bitcoin va solutionner la faim dans le monde et résoudre la crise du climat grâce au “Play2Earn” et aux NFTs. “La finance décentralisée (DeFi) et Bitcoin sont le futur de l’Afrique, le futur de l’inclusion financière” sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans ses publications. Il a besoin de visibilité et adore être admiré pour ses compétences et sa vision, mais sait rester modeste, car son message doit pouvoir se propager loin.
  • le “crypto-étudiant” : ses quelques années d’études en finance ou informatique, éventuellement pas totalement terminées, ont été la base de sa révélation. La blockchain est l’avenir de l’humanité et les jetons, la solution ultime pour tout résoudre dans le monde réel. Sur ces bases, il réinvente tout au nom de la révolution “Web3” : le cadastre, les jeux en ligne, la finance et la banque, les chaines d’approvisionnement, la gestion de l’identité…
    Tout y passe ! SA solution devient un couteau-suisse qui répond à tout problème existant, ou non. Connait-il ou comprend-t-il comment ça marche au quotidien aujourd’hui ? Non, mais il est intimement convaincu que ce sera mieux avec SA solution. Quand on est un marteau, tout ressemble à un clou…
  • le “professionnel” : il a réussi dans son domaine, finance ou technologie, et il a une bonne visibilité sur les réseaux sociaux. A-t-il vraiment fait des recherches (DYOR), pour comprendre la blockchain et les actifs numériques ? En a-t-il seulement le temps avec son agenda déjà bien chargé ? Toujours est-il qu’il considère que c’est une bonne idée et qu’il en parle régulièrement, sans pour autant donner de conseils d’investissement, bien sûr. Il a les moyens, donc il a sûrement investi un peu, ou on l’a peut-être aidé sous forme de sponsoring. Des petits extras en revenu ne sont pas négligeables, surtout quand on est déjà habitué à faire de la promotion de temps à autre (ou à temps plein).
    D’autres vont monter leur propre solution de portefeuille ou d’Exchange pour profiter au maximum de tous les pigeons qu’il voit à sa portée, sans trop s’attarder sur l’environnement réglementaire et légal (rien de mieux qu’une petite société implantée aux USA ou dans un paradis fiscal, mais ciblant précisément le marché africain et sa diaspora !).
    Les derniers, enfin, vont devenir, formellement ou non, conseillers en investissement : aider les autres à prendre des risques, en prenant leur commission au passage (en monnaie “fiat” bien sûr, faut pas pousser non plus).
  • le révolutionnaire/activiste de salon : “L’usage des cryptomonnaies est la meilleure solution pour renverser les dictateurs et détruire impérialisme et néo-colonialisme”.
    Cette catégorie d’influenceurs est certaine que Bitcoin est synonyme de liberté (Bitcoin va sauver l’Afrique), pour un “nouvel ordre économique enfin hors de portée des élites et autres étatistes qu’ils ne pourront plus contrôler”.
    Dans leurs discours, les stablecoins vont sauver les marchés émergents (oui, si elles ne disparaissent pas avant comme Terra/Luna et d’autres en difficulté depuis).
    En Afrique francophone par exemple, où l’on utilise le Franc CFA (XOF ou XAF), vu comme symbole persistant du (néo)-colonialisme de la France, bien évidemment l’usage de Bitcoin va tout changer et permettre aux populations de s’épanouir. Et tous de s’extasier devant la Centrafrique qui montre le chemin du futur (sujet que je traiterai plus tard) !
    Certains de ces activistes sont financés (au besoin en roubles transmis en cryptomonnaies non traçables) pour pousser ces discours, qu’ils ont ajoutés aux diverses thèses “révolutionnaires” qu’ils diffusaient préalablement. Il faut “casser le système” par tous les moyens possibles, annoncent-ils bien loin des pays qu’ils ciblent, installés confortablement en Europe ou aux USA.

J’expliquerai plus loin pourquoi cette catégorie d’influenceurs n’a pas vraiment tout compris de ce qui est en train de se passer (ou ne veut pas comprendre), tant du point de vue économique (actif déflationniste) que politique (libertarianisme – fascisme – néo-féodalisme). Et pourtant les messages sont clairs, pour qui veut les voir. Mais l’objectif est de faire du bruit, quitte à mentir par omission, et éventuellement d’inciter ceux sur le terrain, eux, à la révolte…

Bon nombre de ces influenceurs sont devenus rapidement des idiots utiles, et participent à de nombreuses opérations de communication, gérées par des officines dont les racines profondes sont bien différentes de celles énoncées publiquement (mais il faut creuser et surtout vouloir savoir de quoi il retourne pour le comprendre).
Ainsi, un certain nombre de ces activistes, qui se qualifient de “militants des droits de l’homme” (ah ?!) ont récemment adressé une lettre au Congrès américain, pour empêcher une régulation trop pesante des cryptomonnaies et de Bitcoin en particulier, car, selon eux “la plupart des gens sur terre vivent dans une économie instable ou sous un régime autoritaire ou dictatorial. Nous informons le Congrès du rôle que jouent Bitcoin et les stablecoins pour pallier les échecs de la finance traditionnelle”.

Surtout quand Bitcoin, actif clairement déflationniste, est limité à 21M !

Remarque : je ne conteste pas l’idée que dans certains cas très spécifiques (EndSARS au Nigeria, Palestine ou guerre en Ukraine), des solutions financières alternatives soient nécessaires pour faire transiter des fonds vers des personnes ou organisations en difficulté. De même, j’admets que dans certains pays, en Amérique du Sud par exemple ou au Zimbabwe, l’inflation est devenue tellement gigantesque et la monnaie tellement volatile, qu’il convient là aussi de trouver des moyens pour tenter de préserver le peu d’argent dont on dispose, au risque de le voir fondre comme neige au soleil.
Mais, lorsque l’on comprend comment fonctionne réellement Bitcoin et les autres actifs numériques, leur positionnement économico-politique actuel, sans oublier le fait que ce sont des croisements entre pyramides et chaînes de Ponzi, le fait de clamer que ce sont les seuls moyens fiables et pérennes et qu’il faut les préserver en l’état, relève d’une désillusion profonde, sauf si l’on a un agenda caché.

A lire (EN) Pourquoi l’impact du crypto-krach est différent en Amérique Latine et aussi :

Depuis le Krach de juin, le discours a sensiblement évolué : “Bitcoin est le présent et le futur du système monétaire et financier mondial. Ne restez pas figés sur sa valeur spéculative, mais sur l’égalité qu’il apporte”.
Tu m’étonnes, Simone ! Avec presque 70% de chute par rapport à son plus haut, il est difficile de continuer à vendre Bitcoin sur la seule croissance de son prix (number go up) et le marché crypto dans son ensemble sur son immense “market cap.”
Par ailleurs, il serait bien de définir ici ce qui est sous-entendu par l’usage du terme égalité dans ce contexte d’actif déflationniste

africa - they say, we say

Pourquoi beaucoup de crypto-influenceuses ?

Dans le monde des escrocs financiers, l’un des principes vitaux pour vendre son argent magique (ou ses haricots magiques), c’est de répéter sur tous les tons la même chose, et d’inciter à passer à l’action au risque de “rater une bonne affaire” (FOMO).

Et donc cette répétition induit dans l’esprit des victimes potentielles la connexion suivante :
s’il/elle insiste tellement, c’est que cela doit être vrai, ou le deviendra très vite !

On va dire que c’est une forme d’attaque “force brute” classique, générant auto-suggestion et “effet clochette.” Mais il existe d’autres approches parallèles :

  • le MLM (multi-level marketing – marketing relationnel ou vente multiniveau)
    C’est un modèle, illégal dans de nombreux pays, mais très prisé dans certains secteurs (cosmétique, hygiène de vie…) ciblant en particulier les femmes. Les actifs numériques, NFTs par exemple, sont entrés dans la danse, puisque l’objectif est de trouver des plus grands fous (pigeons), pour revendre plus cher ce que l’on a soi-même acheté trop cher, afin d’espérer tirer un bénéfice. Le vecteur principal de communication est le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux aujourd’hui. Existe pour de multiples produits en Afrique, souvent de manière totalement informelle.
  • les Communautés Prédatrices : des manipulateurs, cachés sous de fausses identités numériques, créent des opérations d’investissement orientées vers des cibles communautaires ou identitaires, comme les noirs américains dans le contexte Black Lives Matter (BLM), les femmes de certaines origines (Latino…), les LGBTQ+ etc. Pour motiver encore plus le public cible, on fait croire qu’une partie des sommes récoltées servira à financer des organisations sociales ou d’intérêt public.
    Bien évidemment, dès qu’un certain seuil financier est atteint, parfois dès la phase de lancement, tout se termine dans un rug pull fracassant au détriment des investisseurs bernés. Les escrocs disparaissent, prêts à recommencer le lendemain sous une autre appellation.
    Lire à ce sujet un excellent billet de Molly White.
  • la Fraude par Affinité (affinity fraud) : C’est un type de fraude à l’investissement dans lequel un escroc cible les membres d’un groupe identifiable sur la base d’éléments tels que la race, l’âge, la religion, etc. Le fraudeur est (ou prétend être voir ci-dessus) un membre du groupe pour y faire la promotion d’un système de Ponzi ou pyramidal.

A travers l’Afrique, les réseaux de femmes sont très importants dans la vie quotidienne. Le système des tontines, locales ou communautaires, y tient une place importante, permettant à tour de rôle, par exemple, de disposer d’un petit capital pour acheter des produits pour son commerce ou subvenir à ses besoins (école, santé…).

En abusant de leur confiance, élément vital dans ce type d’organisations le plus souvent informelles, certaines femmes peuvent plus facilement cibler leurs consœurs, et les pousser dans ce contexte crypto, non pas à investir, mais bien à jouer leur argent sans aucune garantie, ni de gain, ni de recouvrer leur mise de départ. Mais comme on leur a bien vendu le concept, elles ne connaissent pas les vrais tenants et aboutissants. Les réseaux sociaux jouent un énorme rôle ici avec des groupes Facebook ou Whatsapp dédiés.

Les promoteurs et influenceurs insistent énormément sur l’aspect communautaire dans ce contexte : The importance of community building cannot be overemphasized in the Blockchain & crypto space.

Ils ont bien compris que de nombreuses pressions et actions psychologiques sont plus faciles à exercer sur des groupes que sur des individus pris isolément. Tout sera alors bon pour manipuler les foules.

Certaines influenceuses vont même jusqu’à se positionner sous le terme dada, qui signifie “grande soeur” dans de nombreuses langues locales du continent.

Car n’oublions pas l’élément fondamental derrière le dépouillement de petits investisseurs naïfs et mal informés : Bitcoin et les actifs numériques manquent cruellement de liquidités (en monnaie fiduciaire, aka Fiat, puisque toute l’échelle de “valeur” se fait encore en relation au dollar américain principalement). Il convient donc, pour permettre à ceux tout en haut de la chaine “alimentaire” d’augmenter leur richesse non-virtuelle (pas en cryptos donc), de leur “permettre” de vendre leurs jetons en faisant entrer (en recrutant ?) du sang frais de l’argent frais dans le casino.

C’est pourquoi on voit pousser comme des champignons des “académies” ou “master classes” pour “former” les prochains pigeons. Il s’agit surtout de recruter la prochaine génération de vaches à lait, que l’on pourra “traire” régulièrement de son argent durement gagné.
Tout cela au nom de “Bitcoin va sauver l’Afrique !”, slogan supposément basé sur la liberté, la souveraineté et l’indépendance retrouvées grâce à ces jetons numériques…

Quoi de mieux que des femmes pour expliquer à des populations où l’illettrisme, dont financier, est fort, que c’est l’avenir, qu’il ne faut surtout pas vendre (HODL), même en cas de Krach, qu’il faut acheter la baisse (Buy the dip!), car l’avenir sera radieux, si l’on y croit fort, fort, fort…

Oui, c’est aussi une forme de culte, avec toute la désillusion qui l’accompagne !

Cryptos, politique et Afrique

Je vais finir ce billet, déjà très (trop ?) long, en parlant du positionnement politique actuel des actifs numériques et de Bitcoin en particulier.

Comme nous l’avons vu plus haut, les influenceurs poussent des discours qui connectent Bitcoin avec les besoins de liberté, d’égalité, de souveraineté, aussi bien personnelles que nationales, mais aussi la lutte contre les dictatures et le colonialisme, etc.

Toutes ces aspirations sont tout à fait nobles et logiques si l’on espère faire plus que survivre dans notre monde contemporain et combattre toutes les inégalités.

D’un autre côté, nous savons que la pauvreté à travers le monde est majoritairement un effet du capitalisme, désormais devenu néo-libéralisme, soutenu par les nombreuses politiques destructrices des gouvernements entre droite et extrême-droite, afin de pouvoir mieux contrôler les populations du monde et accroître la richesse du fameux “1 %.”

Analysons maintenant les principaux arguments de nos AfroCryptoShills.

Commençons par Bitcoin fait disparaître les inégalités.
Il n’y a rien de plus faux, et c’est même l’inverse : Bitcoin les accroît (sachant que c’est en plus un actif déflationniste).

La fameuse approche Bitcoin est de l’or digital, en référence à l’Etalon-Or, si cher à l’Ecole autrichienne d’économie, a été prouvée comme clairement inadéquate dans le passé, et encore plus aujourd’hui.

Autre argument : “la décentralisation, c’est la démocratie.”
Si vous avez un peu observé le fonctionnement de la majorité des DAO, sans même parler de l’organisation du minage POW, vous vous apercevrez très vite que ce sont les baleines, les gros porteurs, qui gouvernent. Oh oui, les gens votent, mais c’est comme dans toute démocrature libérale : celui qui a le plus d’argent, décide. Comme avec Bitcoin.

Il convient de noter aussi que nombre d’entités présentes dans l’environnement des actifs numériques (exchanges, solutions “layer 2” etc.) ne sont absolument pas basées ni sur une blockchain, si sur un système décentralisé. C’est de la bonne vieille base de données classique, où l’on peut écrire, modifier et supprimer, pour répondre à 2 besoins : la capacité de traiter de nombreuses transactions et la nécessité de pouvoir interrompre ou annuler des opérations à tout moment, en particulier lorsque l’environnement “financier” n’est pas idéal comme actuellement.

Encore un argument : “Bitcoin enlève le côté politique de l’argent.” Ah, je peux vous dire que pour Peter Thiel, milliardaire, ancien fondateur avec Elon Musk de PayPal, lourdement investi à de multiples niveaux dans les cryptomonnaies, dans la politique américaine et la surveillance digitale, c’est tout le contraire : Bitcoin est politique.
Si de nombreuses voix s’élèvent dans le monde des actifs numériques pour dire que l’argent devrait être dépolitisé, que l’on devrait pouvoir effectuer des transactions financières librement à travers le monde, que Bitcoin appartient à tous les habitants de la planète (pour mémoire 8 milliards face à au mieux 21 millions), et qu’aucun gouvernement ne devrait y trouver à redire, ce que vous devez entendre c’est en réalité : nous ne voulons aucune régulation, ni aucune taxe, et encore moins d’impôts.

Cela ne vous rappelle rien ? Oh, vous avez oublié Ayn Rand ?

Les plus gros investisseurs de Bitcoin aujourd’hui ont tous un point commun : ils se positionnent tous à l’extrême-droite de l’échiquier politique, là où l’on trouve les libertariens tendance fasciste et les suprémacistes blancs.

Peter Thiel, encore lui, a par exemple suggéré que tous les investisseurs Bitcoin fassent une « liste de leurs ennemis », en ciblant avant tout tous ceux qui sont opposés à cette cryptomonnaie.
C’est aussi une des personnes qui finance les officines qui accompagnent nos activistes “militants des droits de l’homme” et pro-Bitcoin.

Pour ces extrémistes, la liberté individuelle est naturelle (pour les blancs seulement !) et donc prime sur tout. Impôts et taxes sont du vol et sont des freins à leur épanouissement.
L’état doit limiter sa gouvernance au strict minimum, mais comme il n’a pas de ressources, il n’a de toutes façons pas de grandes possibilités d’action.
Qui a le pouvoir dans ce contexte ? Ceux qui possèdent des richesses (ici des bitcoins). Les autres sont au mieux des vassaux, mais surtout des sous-humains dans un système néo-féodal.

L’un des derniers sujets à la mode chez les libertariens ?
L’esclavage volontaire est-il légal et éthique ?

Vous avez un avis personnel sur cette question ?

Imaginez le sort que ces gens-là prévoient de réserver aux pays en voie de développement et à leurs populations, comme ceux du continent africain…

Crypto-colonialisme

Liberté, égalité, souveraineté… vous pouvez oublier. Il faudra vous accommoder du néo-colonialisme en vigueur dans le monde Bitcoin, le crypto-colonialisme, avec ses nouveaux dictateurs milliardaires (ou milliardaires dictateurs au choix).

Si c’est l’avenir que vous propose les AfroCryptoShills et autres influenceurs crypto d’Afrique, réfléchissez peut-être à 2 fois… Ils sont déjà en train de vous vendre au plus offrant en vous incitant à “investir” dans leurs actifs numériques.

Oh, vous pensez que tout cela est un vilain mensonge…

Demandez-vous malgré tout pourquoi vous cherchez absolument à résoudre les problèmes du passé, en accédant à une super chaîne de Ponzi, où le haut de la pyramide n’a qu’un objectif : vous remettre en esclavage…

Je pensais que ces baleines blanches étaient vos ennemis jurés, n’existant plus que dans un temps supposé révolu…


“Bitcoin va sauver l’Afrique” est purement du marketing facile, mais comme on l’a vu précédemment, ceux qui le poussent savent très bien pourquoi ils le font, et leur cœur est loin d’être désintéressé et pur.

Dans la prochaine partie, j’expliquerai pourquoi l’argument, régulièrement utilisé pour Bitcoin et autres actifs numériques, que cette “révolution financière” va permettre la bancarisation des pauvres est une ineptie sans borne.

A suivre…

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