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Réflexions

Bancarisation en UEMOA

La bancarisation en UEMOA, et ailleurs sur le continent, revient dans de nombreuses interventions, tant par des startups FinTech, que les “cryptobros” ou les institutionnels.

Partout, on peut lire que le “numérique” va sauver l’Afrique (Bitcoin en particulier, mais ça n’arrivera jamais, croyez-moi…), que le continent va faire un bond au-dessus de la révolution industrielle pour directement passer à celle du numérique, le fameux “digital leapfrog”…
Long sujet à débattre, si vous le souhaitez, mais je continue à creuser le sujet de multiples manières. J’y reviendrai bientôt.

Depuis la pandémie COVID-19, mes activités se sont largement “calmées”. J’ai donc décidé de réfléchir à des projets combinant mes expériences globales et récentes sur le terrain, ma connaissance de la sous-région, et une analyse des besoins des populations au milieu desquelles je vis directement au quotidien.
Pour faire un point global du marché, j’ai donc parcouru de nombreux documents publiés par la Banque Mondiale, le FMI, le GSMA, l’OCDE, certaines Banques Centrales, etc. et commencé à synthétiser l’ensemble, pour imaginer des pistes éventuelles à explorer.

Le texte ci-dessous est un court descriptif d’une idée et projet sur lesquels j’ai travaillé en 2020-2021 et dont le sujet vise à réfléchir à une approche différente du problème. C’est une entrée en matière qui sera approfondie dans d’autres billets à venir.


Il existe de nombreux freins vers le numérique pour la majorité des populations, dont les femmes très nombreuses dans le secteur informel. L’un en particulier est l’accès au système bancaire, ou tout du moins à des solutions simples, accessibles, en langues locales, ouvrant la porte à des offres de micro-crédit, de prêts personnels ou d’assurances (santé, rentrée scolaire…), d’épargne (y compris de groupe, type tontine), etc.

Bancarisation en UEMOA - définition du problème
Définition du problème

Bien sûr, plein d’acteurs institutionnels et de startups ont développé des applications pour téléphones mobiles, mais qui restent le plus souvent assez inaccessibles pour la majorité, car il convient de ne pas oublier les taux d’illettrisme et d’illectronisme élevés dans les populations. Les applications proposées ne répondent en général pas aux attentes de tous, mais seulement d’une partie des populations, principalement celles qui sont déjà dotées d’un smartphone et qui, théoriquement, savent s’en servir.

les freins à la bancarisation en UEMOA
Les barrières pour accéder au numérique

Bases de réflexion

Il conviendrait donc d’imaginer un modèle différent, social et évolutif, qui se base sur les besoins concrets des populations qui sont actuellement hors du schéma “classique”. Les problèmes à résoudre sont, par exemple :

  • accéder à un smartphone récent, de bonne qualité, facilement configurable et si possible ouvert et évolutif,
  • pouvoir à coût raisonnable, utiliser des services de téléphonie (voix, data) et de Mobile Money, dont l’importance sur le continent n’est plus à démontrer aujourd’hui,
  • disposer de lieux de présence pour disposer d’une assistance dans l’utilisation en langue locale au plus près des activités quotidiennes des utilisateurs et utilisatrices, comme les marchés par exemple pour les “bonnes dames”,
  • accéder petit à petit à des solutions d’épargne (personnelle ou collective) ou au micro-crédit…

Il me semble par ailleurs, qu’il conviendrait de penser à 2 importants volets, au-delà de l’accès à des données et informations financières “de base” pour tous :

  • une approche “WEEE” pour recycler les vieux téléphones (voire tout autre équipement électrique ou électronique),
  • un service gratuit de “soutien psychologique”, type hotline assurée par de jeunes professionnels formés, car la santé mentale (dépression par exemple) est un sujet encore très tabou sur le continent.
Les fondamentaux pour un projet de bancarisation en UEMOA
Les fondamentaux derrière un projet de bancarisation

Bien sûr, de nombreuses organisations (ONG de micro-finance par exemple, voire certains gouvernements) proposent déjà des solutions, mais, à mon humble avis et selon mon expérience terrain, les résultats ne sont pas toujours vraiment satisfaisants pour toutes les parties.

Bancarisation en UEMOA et télécoms

Après d’intenses cogitations, il me semble que le secteur des télécoms, si tant est que les régulations légales et régionales le permettent ou prévoient des ouvertures, est le mieux placé pour avancer dans ces directions, et on voit d’ailleurs s’amorcer quelques mouvements dans cette direction dans d’autres pays.

Les banques le pourraient également, mais, pour la plupart, elles ne sont pas vraiment encore prêtes à innover dans leur relation avec leurs clients. Elles tentent “des choses”, mais les machines internes et les habitudes sont trop lourdes pour permettre une certaine agilité, même si elles donnent l’impression qu’elles veulent changer.

Quant aux startups type FinTech, elles ciblent surtout des populations qu’elles sont sûres de pouvoir atteindre afin d’en tirer bénéfice “facilement” et se retrouvent toutes en compétition sur les mêmes segments de marché, dans des zones où le TAM (Total Addressable Market) est beaucoup plus réduit qu’elles ne veulent l’admettre (on le voit très bien au Nigeria par exemple). Donc, à part dans le discours, la réalité de leurs modèles économiques est extrêmement restreint, voire irréaliste à terme.

Pour conclure, il me semble que seul un opérateur télécoms, présent dans de multiples pays et prêt à réfléchir une stratégie innovante sur la base d’un modèle MVNO, organisé autour d’un ou plusieurs segments de population précis, combinant offres de télécommunications et services financiers, pourrait apporter au marché la dynamique nécessaire dans la zone UEMOA.

A suivre…

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